8 septembre- Horizon

J'écris pour
Croquer un horizon
Sur chaque jour

7 septembre - La mer

La mer est mon sommeil
Planer en planche ou perdre pied
Rouge ou noir, salée
Rapporte sur ma plage
En houle ou vaguelettes
Regards, figures et odeurs oubliées
Coquillages, algues ou bouteilles jetées

Eté 2008

L'été est fini, quelques images du mien, en chats et en instants... comme toujours

31 août- Mots en vrac

Prendre le temps de prendre au temps
Quand lui reprend en un instant
Je ne suis que ce que je suscite

28 août- Train

Le train file fluide
La lumière dorée d’un soir de fin d’été

Le ruisseau aperçu de soleil lézardé

Traversée d’un tunnel long et noir

Champs de blé

Clairières de vert monté en neige

Meules de paille, meuh de vaches

Le ciel est grand ouvert

Assoupie, au réveil où suis-je

La ville repère s’éloigne

Les racines se délient

L’herbe repousse sur mon bitume

Ailleurs méconnus

Fil rouge dans la contrée des sens

Le voyage sillonne mes mémoires

A la cime de l’âme affleurent les souvenirs

A chaque ville de halte

Chaque minute d’arrêt

Je voudrais pouvoir conter une histoire

Le regard élève des passerelles

Entre les temps

Je pars, laisse tout, descends

Roule, roule, roule

Ne m’arrêterai-je pas?

L’eau jaillit des terres

Pour arroser les champs

L’oiseau tente d’aller plus vite

Plus haut que ma pensée

Vitesse

L’existence a mon sens

20 août- Ici

Si nous devions revivre sur la terre des hommes
Il faudrait nous parler ; restons ici où nous pouvons nus parler

Revivre sur la terre des hommes et la traduction d’un regard
Il faudrait lester nos yeux de mots ; restons là, le regard flou

Revivre sur la terre des hommes les pieds englués dans demain
Il faudrait de défiance lier nos mains ; restons ici, sous l’arbre à bulles

Revenir sur la terre des hommes et au poids des corps
Il faudrait nous rêver immortels ; restons là, sur la crête des vagues

Revenir sur la terre des hommes où nous sommes souvenirs
Il faudrait se nourrir du passé ; je reste ici parce que tu y es

18 août - Objet

Je vais vous parler d’un objet redécouvert ce week-end, que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître : la lampe de poche carrée. Depuis combien de temps n’aviez-vous pas pensé à une lampe de poche ? Vous voilà peut-être même surpris de prononcer « lampe de poche » en votre for intérieur. La lampe de poche donc… Grande comme la paume d’une main, en métal bleu le plus souvent, carrée ; sur le côté une languette de plastique ouvre sur une grosse pile plate. Allez savoir pourquoi les lampes de poche, du moins mes lampes de poche, les vieilles, ont toutes une partie au dos, orange, dans un plastique en relief, un plastique qui gratte. Longtemps je me suis interrogée sur l’utilité de cette partie de l’anatomie de la lampe de poche. Je me dis finalement qu’elle permet, lorsqu’on tend la main dans le noir, d’identifier l’objet. La lampe de poche a une patte en métal pour la suspendre au clou rivé au-dessus du lit et une ampoule minuscule qui vire au jaune tamisé et vacille à mesure qu’elle faiblit. Cette lampe de poche on a joué aux ombres chinoises avec, effets de lumière au plafond et recouverte de draps, de vêtements ou de foulards, elle a mis des halos de couleurs aux murs des nuits. Dans les maisons de campagne, le lit est froid, tout l’univers craque et on serre fort la lampe de poche contre son cœur car en cas de grand danger ou de grande peur, elle se transforme en arme de choix. La lampe de poche c’est un rai de lumière restreint, l’escalier marche par marche, la densité du froid dans une grange et le reflet, soudain et terrorisant, des yeux d’un chat qu’on éveille. La lampe de poche c’est surtout des centaines de pages dévorées sous les draps lorsqu’on nous a intimé l’ordre d’éteindre et de dormir, des tas de morts et de crimes élucidés autour d’une cup of tea et sous mes couvertures. La tenir ouverte afin d’appuyer fortement la pile contre ses lamelles en métal et lui arracher ses dernières forces pour finir sa page. Au matin le réveil trouve les traces de l’aventure : autour d’un sommeil bouche ouverte trainent une lampe ouverte, un livre ouvert et, sous les draps, une pile carrée.

11 août- L'enfant

L’enfant dit
Quand je serai grand
Il ne sait pas alors
Qu’il est temps
Que sur son présent

Se jouent déjà
Aujourd’hui et demain

Bribes de souvenirs
En suspend l’homme est
Matière brassée de temps
Rencontres de moments
Se complètent ou se battent
Rivière ou bien torrent
Ouvrent grand les fenêtres
Abondance d’une vallée
Austérité d’un désert
L’homme est lande
Forêt de rencontre
Entre les temps
L’Histoire
Son histoire
Et celles des autres
Une histoire finalement
Comme s’en content
Les enfants

10 août- (Long) message personnel (2)

C’était il y a deux ans
Dans ta rue au nom de fleur

Et sans lumières

Je savais dans le taxi

Traversant un Paris

Désert, il est tard dans la nuit

Désert, c’est août, ils sont partis

Je savais dans ce taxi

Jouer un moment-clé

De ma vie


Le ruban qui nous lie

Se tisse de circonstances

Un tas de oui

Une bouteille débouchée

Quand une heure avant

J’allais chez moi me coucher

De trajets en scooter sous la pluie

Des films pelotonnés sous la couette

Petits déjeuners au petit matin

Seule dans un troquet rue Lecourbe

L’hiver, l’été et toutes les saisons


Jamais on ne m’a tant laissée

La possibilité de me surprendre

De choisir sans enjeu

Ma liberté en terrain de possibles
Voilà comment nous nous sommes

A Noël 2006 retrouvés

A réveillonner ensemble

Autour d’un dîner improvisé

Lorsqu’à 19h nous nous apprêtions

Chacun de notre côté

A regarder un film pour étouffer

Le bruit des festivités


Jamais je n’ai eu tant de chances

Ou je ne savais pas voir
C’est que toi et moi

Ne cherchons pas de nous

Alors toi et moi trouvons

Ce nous parfois, même maladroit


Il est temps aujourd’hui

D’écrire un poème

Pour toi qui

Donnes peu mais me laisse prendre

Toi dont la présence

Sans excès ni tourments

Me remet en place

Réinvente ma féminité

Sur tes clichés

Mon visage apaisé

Il est temps car aujourd’hui


Y a-t-il plus simple que cela

S’éveiller le matin

Aux côtés de quelqu’un

En être bien surpris

S’enrouler dans l’instant

Dont la vie nous a révélé

La rareté


Des matins on en a eus

Mais celui-là c’est

La première fois

Où je dis j’ai besoin de toi

Maintenant à deux heures du matin

Et toi qui me dis je viens


Il aura fallu
bien des moments
Et deux ans
Pour que tu sois là

Finalement bien plus que cela

Ma vie et la tienne
se croisent
Au moment où l'on comprend
La valeur du temps
Et nos moments d’urgence

Je ne t'avais jusque lors
Jamais rien demandé


Quel est ce sentiment

Sans amour, profonde affection

Compréhension sans fards

Je me sens en pleine nature

Ramenée à ce que je suis

Toi et moi jamais n’avons marché dans la rue

Aucun de mes amis ne t’a vu

J’aurais pu auprès d’eux

T’inventer, amant-ami imaginaire

Et si un jour on me croyait folle

Il me faudrait donner ton

Numéro de téléphone


Je n’invente rien

Il faut cesser parfois

De rêver des histoires

De songer à des mieux
Reléguer les questions
Pour pouvoir se dire
Tiens c'est bon
Oui c'est simple
Tiens c'est là
Ce matin tu es là

Dans tes bras s’éloignent

Des tensions de moi

Que je ne soupçonnais pas

Simplement sans gêne

Ma main dans la tienne

Sans crainte ni jeu car

Il n’y a pas entre toi et moi

Le challenge du lendemain

9 août- Espace

Longue nuit, vertige de l’espace
Je connais les mots
Opalescentes bulles
Lestées des dons
Du monde
Et je sais à présent
Le pouls du cours d’eau
La rumeur de l'abeille
L'effluve de l’herbe coupée
La chevauchée de nuages
En empreintes digitales

Et la paix qui court
De l’échine jusqu’au bout
Des mains
Je tisserai les passerelles
Hisserai des ponts
Pour pouvoir ramper
Jusqu’à cet instant-là
Je voudrais tant partir
Dormeuse du val d’un poète
Sans le dernier vers

6 août- Message personnel

Hier soir dans ma boîte un CD et rien
Au matin je retrouve
Amertume et rancoeur
Voyageuses vagabondent
En l'âme terrain vide
Crevassée de cynisme
Il faudra les chasser

Je me demande
Comment et pourquoi
Nous en sommes là
Alors que toi et moi
Etions si loin de ça
Si loin d'eux
Si loin
Si loin des autres
Si loin

Un mois et pas un mot
Et les nuits qui éveillent
Le loup et puis l’agneau
Le noir et le néant
Tous mes rêves d’enfant
Révèlent la déchirure
Large et profonde
A la mesure de
Nous
Entre rires et montagnes
Notre amitié filait


La vie hisse les récifs
De ses intensités
On connaît toi et moi
Les boomerangs de l'excès
D'amour, de don
De colère et de rêves
Des claques dans la gueule
Qui t'arrachent la tête

Alors cette fois-ci
Je ne bougerai pas

Je sais que l'existence
Est parsemée de deuils
Et qu'il ne faut pas
Prendre le voile chaque fois
Sous peine de ne plus
Voir son propre visage

Je laisse la rupture

Patiemment et sans heurts
S'insinuer en moi
Solide sur tes solives
Forte d'une confiance
Dont tu m'as lestée

C'est toi qui m'as appris
A avancer
Hier malgré tout
Aujourd'hui malgré toi

4 août- Mousson

La nuit me laisse là
Naufragée du sommeil
Il pleut fort dehors
Au cœur de l’insomnie
C’est la pleine mousson
Le ciel s’ouvre de gris
Sur les plantations de riz
Une moiteur en gouttelettes
Ruisselle sur mon cou
Le rythme de la pluie
Et puis cette eau partout
Sur la pierre du lavoir

Des femmes battent ma vie

1er août- Châtiment

Aujourd’hui dans la rue j’ai vu un homme d’une trentaine d’années parler à son chien pire que comme on parle à son chien. Lui foutre des coups de pied, l’attraper par la peau du cou avec rage pour le jeter dans le caniveau. Alors on me dira, ça arrive aux enfants et y a la guerre dans le monde. Et moi je répondrai tatatata, ce type là, je placerais bien soigneusement sa tête blonde sur les bandes blanches d’un passage piéton place de la Concorde un matin vers 8 heures.

31 juillet- Dans le noir

Dans le noir il la frôle
Lui conte son histoire
Il y a du bruit
Lui conte son histoire à l’oreille
Ses cheveux caressent son visage
Il lui conte une histoire
Ce n’est pas la sienne
Dans le noir
Il a ramassé les débris
Des histoires des autres
Et les a réunis
Chimère d’un soir dans un bar
Il lui conte son histoire
Et elle le croit
Elle le frôle dans le noir
Saisit sa main
Peu importe l’histoire
Pourvu qu’on la lui conte
Dans le noir
Elle pourra s'assoupir
Enfant apaisée après
Une journée
Longue comme des saisons
Et ses rêves commenceront
Par il était une fois

28 juillet- Recette pour passer maître du soleil

Il doit y avoir du soleil, même peu.
En ce moment, c’est possible, dépêchez-vous
Passez du vernis incolore sur l’ongle du gros doigt de pied
Allongez-vous face au soleil comme pour bronzer
Levez la jambe gauche pour toucher le ciel
Fermez l’œil gauche
Ou bien levez la jambe droite pour caresser un oiseau
Fermez l’œil droit
Alors vous verrez
Un rayon de soleil s’accrocher à votre ongle

Un rayon de soleil au bout de votre pied
Tournez, descendez, dessinez, écrivez ou pourfendez
De ce rayon faites ce que vous voulez

23 juillet- Bricolage (1?)

Hier, j’ai fait du bricolage. Si, si. Et si, justement, je savais dessiner, j’aurais pu croquer en trois vignettes la situation. Hélas, je ne sais pas dessiner mais comme il y a des gens qui ne savent pas écrire, me voici rassérénée.

Donc, le bricolage existe, schématiquement, sous deux formes : le bricolage constructif et le bricolage déconstructif (et hop, j’invente un mot au passage). Exemple pour illustrer : on monte une étagère ou on démonte une étagère. Je me souviens avoir sur ce blog établi une liste des trucs énervants dans la vie, eh bien j’avais oublié le bricolage (et les déménagements aussi).

Hier, je me suis attelée au démontage des portes d’un placard, sept portes en tout. Un chiffre lourd d’une symbolique -les sept péchés capitaux, les sept nains, les sept jours de la semaine et… le huitième jour, les sept merveilles du monde et cette huitième qu’on attend toujours, le septième ciel…(sans commentaires)- qu’il me fallait d’abord mentalement évacuer pour me convaincre que je ne m’attelai là qu’à du bricolage déconstructif.

En équilibre précaire sur une chaise IKEA en plastique orange, j’ai entrepris le dévissage. Au début tout allait bien, je gambadais, alerte dans la prairie du bricolage déconstructif, durant trois minutes au moins. Puis je suis tombée sur une vis retorse. Une vis, métaphore de l’esprit du type qui avait dû monter ces portes : on serre les boulons, on ressert encore. Il devait être un p’tit peu énervé ce jour-là ou bien, chaque jour et tous les jours, ce n’était pas un marrant. De mon côté, je me suis demandé pourquoi la vie devait parfois se montrer si difficile et pourquoi dévisser une porte pouvait soudain devenir obstacle insurmontable dans mon humble existence. Et pourquoi il était laissé aux objets le droit de se montrer tout aussi rétif et alambiqué que les êtres humains alors que nous étions censés, en concepteurs, les dominer. Beaucoup de pourquoi donc.

Je finis néanmoins par venir à bout de cette vis et de mes pérégrinations mentales d’énervée, non sans transformer cette vis en défi personnel. Je me tournai alors pour m’atteler à la porte suivante pour m’apercevoir, vu sa disposition, qu’il me faudrait la dévisser de la main gauche ! Scandaleux. Un nouveau challenge pour bibi quand le démontage d’un placard devrait relever d’un simple fait, « hier, j’ai démonté mes placards. Point. ». Là, il m’a fallu réfléchir… Le tournevis dans la main gauche, je pris rapidement conscience du fait que mes bras n’étaient pas musclés, mais alors pas du tout, et repensai aux commentaires très utiles des copains lors des déménagements successifs. Au moment où, après avoir tenté toutes les positions pour attraper un carton lourd de livres, on le tient enfin bien en mains, une voix, masculine toujours, s’élève qui dit : « non, tu ne portes pas bien là, tu portes avec le dos, c’est mauvais, il faut porter avec les bras ». Debout, avec les 25 kilos bien calés, on attend que la fin de la diatribe soit suivie d’une action de délestage de carton, mais non... C’était juste pour parler, pour dire un truc. Je me disais donc que si j’avais « bien » porté tous les cartons bougés des années durant, je ne me trouverais pas fort dépourvue lorsque cette vis serait venue.

J’ai, à mon tour, eu recours aux subterfuges psychologiques pour avoir raison de cette porte de gauchère, imaginant à la place des vis tout un tas de faciès connus sur lesquels me dépenser : un à un, je les ai déboulonnés, au propre et au figuré. Et, après avoir égratigné le tournevis et le pas de vis, j’ai fini par enlever la porte. Et de deux ! Non mais dis donc…

C’est alors que, après avoir déposé la porte au sol, au moment où j’entreprenais courageusement la suivante, mentalement préparée pour affronter des nouvelles difficultés, je ne trouve plus mon tournevis. Je le cherche, restituant mes gestes depuis le haut de la chaise au sol où j’ai posé la porte. Mais, pour que la vie soit facile, le tournevis est transparent ! Pratique ! Là, je sens la moutarde me monter au nez et suis en passe d’appeler à l’aide. Mais je me dis : « allons, courage, tu en as vu d’autres ! Un tournevis ne saurait avoir raison de ton mental » (puis blanc), puis : « Argh, où qu’il est ce p… de tournevis ?! ». Car, logiquement, il est forcément quelque part…

Il va falloir, pour finir le travail, aller chez M. Bricolage pour acheter un nouveau tournevis et l’entreprise de démontage, qui devait nécessiter une demi-heure, va se transformer en soirée entière… Ah non, sur une planche que jamais je n’ai atteinte durant l’année où j’ai habité ici, je retrouve le tournevis, pas visuellement, tactilement, du bout des doigts. Mais là, voilà, j’ai perdu confiance. Remontée en équilibre sur ma chaise, à démanteler une autre porte de la main gauche, je me dis que je vais tomber, que ma tête va cogner contre la table, que je m’affaisserai sur le carreau et qu’on ne retrouvera mon corps que dans plusieurs jours, lorsque les pompiers commenceront à dénombrer les morts d’une éventuelle canicule. Que je mourrai, assassinée par la septième porte… Toutefois, ne pouvant souffrir d’annoncer à autrui que je n’ai pu démonter que trois portes sur sept, car il ne s’agit pas de la bonne moitié et qu’une seule manque pour que l’honneur soit sauf, j’attrape le tournevis et je tape contre la porte, trois coups vigoureux, et voilà, elle tombe.

Moralité : pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? Résultat : KKhuette VS placard, KKhuette wins. Cinq portes sur sept démontées, ça s’appelle être une bricoleuse du mardi.

22 juillet- L'écureuil bleu

Une histoire écrite il y a deux ans (cf. blog d'hier), qui suivait le portrait de huit personnages. Dernier personnage de la troupe névrotique, un écureuil volant.

Cet écureuil volant, je l’ai trouvé dans les affaires laissées par Aurèle après que nous nous soyons fâchés. Il dormait tranquillement entre les pages d’un livre, je ne sais plus lequel, mais je retrouverai. Par mails interposés, j’ai demandé à Aurèle d’où venait cet étrange petit animal. Dégradé de bleu sur tout son petit pelage, du bleu marine au bleu azur en passant par le bleu roi ou électrique (du côté de l’œil gauche, bleu également). Aurèle (qui regrette amèrement d’avoir oublié l’écureuil) me dit l’avoir trouvé dans une ruelle malfamée de New-York, aux abords d’un sex-club où il tentait, une nouvelle fois, de se fixer quant à ses orientations. Ce petit écureuil volant, Aurèle l’a vu tomber de la poche d’un personnage bien connu, Phalène, mais devant la masse dudit personnage, Aurèle a estimé qu’il saurait bien mieux s’occuper de ce petit animal délicat. Et voilà comment c’est finalement moi qui l’ai récupéré.

Il est petit, il tient dans le creux de ma main et apprécie particulièrement les grandes virées en cheval d’acier à la recherche des cybercafés. Il aime aussi s’endormir en se nichant dans le creux de mon genou droit (celui qui, d’un mouvement souple, me permet de parachever les fresques picturales dessinées par mon pied droit). Lorsqu’il s’endort, il ronronne comme un chat mais parfois il fait semblant de dormir et, alors que je m’assoupis, hop il me griffe ou me mord gentiment. Il semble très joueur.

Cet écureuil, il est petit mais je le soupçonne d’être encore un bébé écureuil, de sorte qu’il risque de grandir. Peut-être même que sa bouille va muter ? Je compulse les livres et articles sur le sujet sans trouver encore de réponse sur la taille définitive qu’atteindra ce p’tit être ni sur les transformations que pourra connaître son joli minois. J’ai seulement cru comprendre qu’il s’agissait d’une espèce particulière, fruit d’un mariage mixte entre marmotte des neiges et chat de gouttière. Sur sa p’tite tête, il a une houppe blonde et je l’imagine être « le blond » du troisième spectacle de Gad.

J’ai découvert il y a peu qu’il volait. Il semblerait que, parmi ses p’tites quenottes s’en trouve une particulière, offerte par un komodo dont il avait caressé les écailles. Le komodo souffrait depuis des années d‚une démangeaison dans le dos et ne trouvait personne, en raison de sa réputation de vilain dragon, pour le soulager. L’écureuil, candide, naïf et innocent, accepta et, en échange, le komodo lui offrit une dent. Chaque fois qu’il veut voler, l’écureuil titille cette dent et voilà c’est parti ! C’est grâce à ce procédé magique, que je n’ai pas encore identifié mais qu’il conservera tant qu’il n’aura pas donné sa langue au chat, que ce petit écureuil est parvenu, entre autres, à faire le tour du monde en 80 jours.

Bon, cet écureuil, je le découvre au fur et à mesure, et on essaie de s’apprivoiser. Il a l’air un peu timide mais il commence à gagner en assurance. Et il sait écrire ! Il est capable de rétracter ses griffes de chat pour taper sur un clavier. J’ai été surprise de voir qu’il a du vocabulaire et même du répondant, qu’il semble avoir acquis, entre autres, en s’endormant sur les mots et les histoires des quatrièmes de couverture des livres d’Aurèle. Evidemment, parfois il oublie des mots mais bon, en même temps, c’est un écureuil !

Cet écureuil ne mange pas de noisettes mais se nourrit essentiellement de sushis, de makis et autres chairs crues de poissons, ce qui me pose de sérieuses difficultés parce que je suis obligée de courir la cité sur mon cheval d’acier pour chercher de quoi le ravitailler. Parfois, je suis obligée de le laisser à la maison parce que, là où je vais, je crains qu’il prenne froid, qu’on me le vole ou qu’il tombe de ma poche. Parce que, plusieurs fois, l’écureuil volant bleu est tombé, lorsqu’il apprenait encore à voler. Depuis, il s’est familiarisé avec les chutes et ne les craint plus. Mais tout de même, je le ménage, parce que je veux tester ses limites de résistance avant de le confronter à l’extérieur et de le faire passer à l’action.

L’écureuil bleu, je le regarde comme un phénomène : en entomologiste, je l’observe. Ses yeux semblent tout le temps me sourire mais je ne doute pas du fait qu’ils cherchent aussi à me débusquer. Parmi tous les écureuils volants bleus, celui-ci a une particularité : il ne parle pas. Enfin, parfois il baragouine des trucs, du genre langue exotique que je ne comprends pas. J’ai beau le chatouiller, lui tirer les moustaches ou lui piquer la plante des pattes : rien. Mais il y a peu, miracle : une phrase ! Il m’a dit qu’il gagnait à être connu. Je lui ai alors répondu qu’on gagne toujours à être connu, et que la véritable question était plutôt : qu’est-ce que les autres gagnent à le connaître ? Il est resté sans voix.

21 juillet - Cédric- Place des Vosges

Il y a longtemps maintenant et pourtant…
Si j’étais animal, je serais un chameau

Tu t’appelais Cédric et ça ne m’allait pas
Dans ma tête je t’avais surnommé p’tit chat
Tu avais des yeux bleus, un sourire poupin
Et des boucles de châtain

En me faisant rire tu as allumé
Une vaillance à l’aune d’un défi
J’attendais tes messages,
T’écrire, objet de mes journées
Te lire, onguent de mes soirées

Des rires, éclats d'enfance
Jeux de gamins tempérés

D'une douce sagesse
Ressuscités les monstres antiques
Les dragons, les flammettes

Crinières vertes et casquettes
Camus, chevalier d’or du Verseau
Les manteaux violets et les lourds bracelets
En commun des héros policiers
Pour toi dans la presse j’avais signé
Un article du nom de Fantômette
Clin d’œil à ciel ouvert survolant tout Paris

Je t’avais écrit l’histoire d’Aurèle et de ses amis
De leur écureuil bleu et elle t’avait ému
Tu m’avais demandé de lire
Les Cerfs-volants de Gary
Toi et moi dans le même espace temps
Jamais tu ne m’as déçue et pourtant
J’en ai tendu des pièges

Un soir nous avons dîné
C’était dans le Marais
La nuit avançant, tu m’as raccompagnée
J’ai voulu t’embrasser
Tu m’as repoussée
Et c’est le long des grilles
De la place des Vosges
Que nous nous sommes quittés
Là que mon écureuil bleu s’est envolé

20 juillet - Laurent - Place Vendôme

Nous nous étions retrouvés place Vendôme
A l’époque, je lisais un roman qui débutait par la découverte d’un corps suspendu à la colonne de cette place
En t’attendant, j’ai failli rebrousser chemin huit fois au moins
L’endroit était désert, les bijoux eux-mêmes avaient abandonné leurs vitrines
Leur prix seuls, exorbitants pour du néant
Tout me semblait prémonitoire, il faisait froid, il faisait nuit
Et puis tes yeux verts en coquillages et un sourire effilé d'une ironie acérée
Impeccable dans un costume gris
Et tout ce qui allait avec, gentleman-cambrioleur d’une nuit
On s'est juchés à deux sur un moment nacelle
Sans futilité nous nous sommes racontés
De restau en bar, ta fille et ta vie là-bas, mes héros de polar et ma vie ici
Je ne parvenais pas à regarder tes yeux, je n’ai jamais bien su mentir
Tes paroles à mon égard en couteaux, tout chez toi découpait
Disséquée, émincée
Tu étais bloc d’une belle pierre, fissurée par endroits
J’aurais aimé avoir les outils du sculpteur ce soir-là
On a coulé ta pierre et mes morceaux de chair dans des étreintes tendres
En parenthèses du monde, de la douceur à en pleurer
S'arrête la pensée, repos du guerrier
Et la découverte au matin de l’aube hivernale sur Paris
C’est sous les arcades de la rue de Rivoli que nous nous sommes laissés
Sous les arcades de la rue de Rivoli que toi et moi nous sommes arrêtés
Un souvenir depuis est suspendu à la colonne de la place Vendôme

18 juillet- Réveil

Au matin le songe a laissé là
Les fantômes des figures
Qu’il a lui-même édifiées
Et il faut se débrouiller
Obscurité barbouillée de clairs-obscurs
Virevolte
dans une mémoire
Ensommeillée
Que dis-tu, parle plus fort
C’est moi que tu laisses-là
Devant une maison sans clés
Et qui dois démêler sur mon écheveau
Les moments que je vis
De ceux que je rêve
Au fond, ce sont bien les mêmes

16 juillet - Animal hybride

Ma tête suit le rythme du scooter
Se pousse vers l’avant en tortue
Lorsque j’accélère
Mes jambes en pinces serrent le cheval d’acier
Mes yeux sont capables de jeter des regards vers l’arrière
C’est le caméléon
Je vole en oiseau, me faufile en serpent
Félin à l’assaut d’une ville laissée là par l’été
Je m’arrête pour que passent les piétons
Comme les vaches cessent de brouter lorsque passe le train
Dès que je monte dessus, les cinq sens en alerte
Eveillent l’animal hybride qui habite avec moi

13 juillet - Regret

Je t’ai raté
Beau brun au regard bleu
Moi qui le matin même écrivais
Sur les croisées des chemins

Dans ce train j’aurais pu
M’élancer sur la corde
Tendue entre nos yeux
Te laisser dans les mains
Un morceau de papier

Le hasard est bien pingre
Et moi je savais bien que

Si je ne faisais rien
Je le regretterais
Et puis je n’ai rien fait

Ainsi trotte ma vie
Sans pouvoir s’arrêter
Là où les douces chaleurs couvent
Des aiguillons glacés
Au coeur où
Jamais la raison ne sait dompter
Des rêves en flots précipités

Si tu ne tends pas ta main
Je ne la saisirais pas
Et voilà qu’il est temps, déjà
De descendre de ce train

11 juillet - Rues

Les rues se croisent
Moments
De rencontre
Tresses de chevelure

En parallèle j'ouvre
Les chemins
Perpendiculaires
Aux tiens

10 juillet-Nouveau blog

Il y a un mois, lorsque j'ai quitté mon poste et le 16e arrondissement, mes collègues m'ont offert -entre autres- une peluche de Ratatouille, en hommage à l'affection que je porte au dessin animé et à son petit rat bleu. Je leur ai alors promis de lui faire vivre des aventures, c'est pourquoi j'ai ouvert, il y a deux semaines, un nouveau blog, de photos, le blog de ratatouille: www.leblogderatatouille.blogspot.com. J'essaierai de l'alimenter, même si je ne possède pas d'appareil photos et qu'il n'est pas toujours aisé de se balader avec Ratatouille. Un blog à suivre alors? A vous de voir!

9 juillet- Les mouettes

Vers dix-huit heures les mouettes élancent un ruban argent au-dessus de la mer. Elles sont des centaines, frôlent l’eau et se frôlent des ailes, dessinent des tunnels dans les airs. Elles pêchent en dansant, leur vol blanc sur le bleu des flots éclate comme la glace. A Paris, leur cri déchire le ciel comme s’il était un drap.