26 octobre - Mon père

J'ai écrit ce texte il y a quelques mois et comme j'ai peu de temps en ce moment pour en écrire de nouveaux...

Mon père ce sont mes traits, mes lèvres et deux sillons qui encadrent mon sourire.
Mon père ce sont mes emportements, l'intériorité magma, ma dureté affichée, mes jugements incisifs mais il faut bien trancher pour avancer.
Mon père s'il était un mot serait générosité.
Mon père c’est une famille romanesque digne des Rougon-Macquart.
Mon père c’est on prend les deux, à condition qu’on les appelle Chat et Pacha.
Mon père ce sont mes bleus de ciel, de mer, à l’âme lorsque l’intégrité est identité éraflée.
Mon père ce sont mes blancs de la page, des façades à la chaux et du déracinement.
Mon père c’est l’or du soleil et du sable, l’ocre de la terre remuée, travaillée, celui de son visage et de mon chemin.
Mon père c’est les chats de Tunis, de Sousse, de Paris, tous ceux que je croise, ceux qu’il aime et qu’il enterre.
Mon père c’est mes heures de sieste et la brise fraîche qui joue avec les rideaux d’une chambre d’été.
Mon père c'est le feu de cheminée.
Mon père c’est au moins trois vies, la sienne vécue, la sienne qu’en lui il pétrit, la mienne.
Mon père c’est la troisième partie de ma thèse et quelques auteurs de polar.
Mon père c’est les colères en impasses, le grand écart entre les extrémités, les gestes retenus, les maux en mots tus.
Mon père c’est les amis perdus parce que l’essence est éphémère et qu'aucune liberté ne se conquiert sans morts.
Mon père c’est mon enfance en bribes salées et les instants du présent qui saisissent, traversent et laissent coi.
Mon père c’est mon premier lecteur et mes premiers écrits.
Mon père c'est ma peau sensible au rasoir de la vie.
Mon père c’est le silence, la maladresse de nos présences mais c’est l’évidence.
Mon père c’est quelque chose qui s’est apaisé ou résigné, toujours éruption brûlante en moi.
Mon père, il paraît qu'il faudra le tuer, mais personne ne se coupe une jambe.
Mon père c’est l’affection en gestes et en attentions, mon élan vers l’écrit pour pallier l’impossibilité de dire.
Mon père, et il me le rend bien, je l’aime père, homme, je l'aime être et c’est l’occasion de le lui écrire.

8 commentaires:

Mick Kelly a dit…

Et de quelle façon! Très beau texte!

N./ a dit…

* Merci Mick. Que le premier commentaire soit de toi, ça me fait plaisir, je ne sais pas pourquoi, sans doute en lien avec ton "chaque chose en son temps, nous t'attendrons" qui révèle sa justesse. Je découvre la "fidélité blog" :-) Quant à ce texte, quelque part eh bien... je crois qu'il m'a fallu trente ans pour l'écrire.

joruri a dit…

Il doit avoir les larmes aux yeux.
A la vérité, ce n'est pas commentable. Respect.

N./ a dit…

* Joruri, merci de passer. Merci d'être là.

Anonyme a dit…

salut Kkhuette,
Sais tu que je n'ai eu qu'une conversation avec mon père peu de temps avant qu'il meure. Toute notre vie a été faite de silences, de non dit, de l'autorité, de l'incompréhension, de la concurrence des gestes de la vie quotidienne ou de celle de son enfance à la campagne, huit jours avant qu'il parte pour son dernier voyage, je le voyais obéir comme un enfant aux consignes des médecins, des infirmières, et ne pas prêter attention aux questions qui nous venaient. Il aimait ses voitures, il en avait changer quelques fois, et notre dernier échange fut: celle la (la dernière) c'est la meilleures que j'ai jamais eu. Mais sur sa santé pas un mot: "ils s'en occupent"; et aux questions muettes que je lui ai tant posées, le vide intense de ses yeux clairs.
T'as la chance d'un papa qui peut écouter et répondre. Le mien ne savait que se taire...
Profites en bien.
Tu touches un centre d'émotion.
Salut
RJ

N./ a dit…

*Cher RJ, merci de ton commentaire en confidence. De la chance, oui, j'en ai, beaucoup et souvent. Il me semble en tous cas que si la relation avec ton père laisse de la tristesse et des pages blanches, tu t'es, de ton côté, bien rattrapé, toi, en tant que papa. A très bientôt...

Anonyme a dit…

Je ne peux pas encore t'écrire ce que suscite en moi ce texte. Peut-être pourrai-je te le dire? Mais ce n'est pas sûr, non plus...Alors, laissons venir...
CD

N./ a dit…

*Joruri, où est passé ton blog?