11 janvier - Laver

J’aimerais marcher dans ta chanson, laisser aller mes pensées le long de ses pulsations, s’il te plaît je voudrais aller à Bahia. A Bahia peut-être pas, plutôt la saison des pluies dans les rizières et tes eaux vagabondes. Au creux d’une nature moussée de vert, j’allongerai mon corps sur une planche de bois, rite d'offrande. J’ouvrirai grand les yeux d’abord en fixant le ciel jusqu’à ce que son coton blanc teinte ma pupille. La pluie s’engorgera dans mes paupières comme à Paris les larmes dans un caniveau. Alors je les fermerai et écouterai la pluie s’affaler sur les feuilles, ruisseler en pinceau esquisse du monde, je guetterai de tout moi la pluie se heurter sur ma planche de bois. Et puis je laisserai se hisser dans mes précipices les odeurs exhalées par l’humidité, bouquets de paysages méconnus comme autant de possibles. Gorgée de nouveaux mondes où peut-être..., je goûterai la pluie tiède sur ma peau. Je goûterai ton caresse-moi. Je la laisserai me piquer, filtrer le long de mes bras, imbiber mes cheveux, déborder de mes yeux, m'immerger. Je resterai là des heures rythmées par son pouls salvateur, celui de ta chanson, je resterai là jusqu’au naufrage de mes frontières. Jusqu’à ce que mon corps ait la douceur du sable pour couler serpent au monde. Je me redresserai lavée des histoires des hommes, l’âme polie comme un galet.

4 commentaires:

Mick Kelly a dit…

Par sa sensualité, ses images, je me laisse facilement transporter en lisant ton texte vers un ailleurs...
Je ne terminerais pas mon commentaire en hurlant "vive la liberté!" mais par un "vive la pluie!".
Douce soirée

joruri a dit…

Ce qu'une chanson peut faire...
Chamfort ? Il a tant de charme que ça ;) ?
Je suis là entrain d'écouter Lonnie Liston Smith. C'est assez différent...Il pleut des grelots.

N./ a dit…

* Mick, ce matin tôt il pleuvait justement mais le ciel était rose, rose, rose, les façades roses, Paris en rose et surplombé d'un très grand arc en ciel... Très joli, très rare, de quoi alimenter toutes les conversations du matin ici (au travail)... A bientôt.

** Joruri, je ne sais pas, je la connaissais cette chanson, bien même, mais dimanche, dans la lenteur du dimanche, j'ai senti son rythme, il m'a gagnée. Alain Chamfort, il a du charme oui, je crois, mais seule compte la chanson (de Sanson) :-). J'aime bien tes grelots, ça laisse à penser que chez toi il pleut des vaches... Au plaisir de te lire.

Alain a dit…

Cette chanson, je la connais surtout interprétée par Véronique Sanson, que j'écoutais beaucoup il y a quelques années, en même temps qu'un autre chanteur-voyageur ayant arpenté le Brésil, Lavilliers. Appel des tropiques au coeur de l'hiver, désir d'évasion... et bien d'autres choses.