Dans une boîte grise
Mes heures séquestrées
Par des murs de néon
La vie la mienne pas la vôtre
Est-là dehors en bas
Et là à l’intérieur de moi
L’âme ne se rive pas
Aucune de vos lances
N’entamera mon silence
Mes pieds s’empêtrent
Dans les entrelacs
Noués là sous mes pas
Ce ne sont que mes pieds
Ma pensée, elle, avance
Chacun de vos pièges
M’alloue de l’importance
Je pourrais bien ici
Finir misanthrope
Vous n'êtes que des hommes
Mais ce serait vous donner
Beaucoup trop d’importance
Et vous faire exister
Alors que là-bas
Sans doute un ours naît-il
Qui m’y attendra
25 novembre- P'tit peu colère
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19 novembre - Douceur
Sur le chemin d'un rêve
La nuit dernière on m'a donné
Un baiser vibrant de douceur
En mon âme je l'ai posé
Cailloux du petit Poucet
Jusqu'au matin je l'ai gardé
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15 novembre - Essence
Lécher le goulot
Des vies des autres
Ourler les bords de l’âme
De leurs gouttes d’essence
Se réchauffer, se brûler
Ou se jucher dessus
S'oublier, flotter au monde
Comme à la première seconde
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13 novembre- Voilà c'est là
Elle n’est pas en carton.
Elle est d’un bordeaux couleur vin et ses boiseries sont chaudes.
Elle est pensée dans ses moindres détails et toute chose y trouve une place.
Dans la cuisine, la petite lumière de la hotte tisse des rideaux autour de mes gestes et concentre, comme un projecteur de cinéma, la confection de plats en un moment unique.
Il y fait doux et grand jour même sous le ciel de novembre.
La nuit, les lumières s’y tamisent.
Je crois qu’il fera bon y écrire.
Au matin, plus de voisins bruyants, mais le pépiement des oiseaux.
Des voisins, je n’en ai d’ailleurs pas, sauf en dessous.
Je n’en ai même pas en face, finie la fenêtre sur cour, si bien que je peux même me balader toute nue (et wééé)…
La rue est pavée et agreste. Il y a tellement peu de bruits que je résiste à la tentation d’ouvrir les fenêtres et de crier : « y a quelqu’un ?! ».
Dans la salle de bains, il y a un radiateur spécifiquement dédié à l’accueil des serviettes.
L’entrée de l’immeuble fleure bon.
Juste en bas, il y a un grand parc, mes fenêtres ouvrent sur ses arbres et sur le sifflet du gardien le soir à 17h.
Je suis au dernier étage, la pluie et le vent seuls marchent sur ma tête.
Le ciel est grand ouvert. Je peux m’allonger (entièrement !) et regarder courir les nuages ou le faisceau de la tour Eiffel.
Je vois aussi la tour Montparnasse et le Panthéon surplomber toits gris et cheminées fumantes.
Je suis un peu étonnée de me voir là. Je me dis, tiens, que font donc mes affaires ici ? C’est chaud, c’est grand, c'est calme, ce n’est pas chez moi. Mais je vais m’y faire, Ratatouille, lui, s’y est vite senti comme chez lui.
Ah et puis aussi, j’ai une vraie chambre (si, si) avec un dressing à faire pâlir les copines.
Cet appartement, je le regarde, on se jauge. C’est un écrin douillet et je me demande de quels souvenirs, moments et visages je vais le peupler.
Je vais commencer par essayer d’être plus souvent chez moi.
Bien sûr j’ai quitté le quartier où je sortais, dînais, que j’aime et où sont mes amis, mais enfin j’ai un cheval d’acier et eux ont des jambes.
En tous les cas, pour arriver là et poser mes valises (minute d’émotion, tention), je remercie mes amis, Nadège notamment qui m’a nourrie et hébergée, ma famille et celle éloignée qui m’offre la possibilité de ce logis. Monsieur Georges aussi qui d’un bras d’un seul a soulevé l’ensemble de mes cartons, les a hissés sur un tapis magique et les a déposés là.
Et bientôt, un jour peut-être, pourrai-je remercier Free d’avoir déposé chez moi un œuf qui m’ouvrirait les portes d’Internet à domicile.
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3 novembre - L'actu cruciale du jour
Publié le 03 novembre 2008 - 09:46 (ici: http://www.larep.com/bien_etre-7677.html)
Les enfants qui ne mangent pas de cacahuètes durant leur petite enfance ou enfance ont 10 fois plus de risques de développer une allergie à cette arachide, que ceux qui y ont été exposés, d'après une étude publiée dans l'édition de novembre de The Journal of Allergy and Clinical Immunology.
Absolument!
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31 octobre - Coup de vent
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26 octobre - Mon père
J'ai écrit ce texte il y a quelques mois et comme j'ai peu de temps en ce moment pour en écrire de nouveaux...
Mon père ce sont mes traits, mes lèvres et deux sillons qui encadrent mon sourire.
Mon père ce sont mes emportements, l'intériorité magma, ma dureté affichée, mes jugements incisifs mais il faut bien trancher pour avancer.
Mon père s'il était un mot serait générosité.
Mon père c’est une famille romanesque digne des Rougon-Macquart.
Mon père c’est on prend les deux, à condition qu’on les appelle Chat et Pacha.
Mon père ce sont mes bleus de ciel, de mer, à l’âme lorsque l’intégrité est identité éraflée.
Mon père ce sont mes blancs de la page, des façades à la chaux et du déracinement.
Mon père c’est l’or du soleil et du sable, l’ocre de la terre remuée, travaillée, celui de son visage et de mon chemin.
Mon père c’est les chats de Tunis, de Sousse, de Paris, tous ceux que je croise, ceux qu’il aime et qu’il enterre.
Mon père c’est mes heures de sieste et la brise fraîche qui joue avec les rideaux d’une chambre d’été.
Mon père c'est le feu de cheminée.
Mon père c’est au moins trois vies, la sienne vécue, la sienne qu’en lui il pétrit, la mienne.
Mon père c’est la troisième partie de ma thèse et quelques auteurs de polar.
Mon père c’est les colères en impasses, le grand écart entre les extrémités, les gestes retenus, les maux en mots tus.
Mon père c’est les amis perdus parce que l’essence est éphémère et qu'aucune liberté ne se conquiert sans morts.
Mon père c’est mon enfance en bribes salées et les instants du présent qui saisissent, traversent et laissent coi.
Mon père c’est mon premier lecteur et mes premiers écrits.
Mon père c'est ma peau sensible au rasoir de la vie.
Mon père c’est le silence, la maladresse de nos présences mais c’est l’évidence.
Mon père c’est quelque chose qui s’est apaisé ou résigné, toujours éruption brûlante en moi.
Mon père, il paraît qu'il faudra le tuer, mais personne ne se coupe une jambe.
Mon père c’est l’affection en gestes et en attentions, mon élan vers l’écrit pour pallier l’impossibilité de dire.
Mon père, et il me le rend bien, je l’aime père, homme, je l'aime être et c’est l’occasion de le lui écrire.
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20 octobre - Silence
Les gouttes coulent sur la vitre
Etiolent les lumières de la rue
Lueurs mouillées balbutiantes
En sanglots se mélangent sur
La palette barbouillée du peintre
Les pneus glissent sur l'asphalte
Déplient le foulard de soie
Au rythme de leurs soupirs
Dodeline ma pensée
Ce pourrait être Rome, Tunis ou bien Paris
Toute ville connaît ce moment
De monde somnolant
Palpitations faibles au poignet
Entre aujourd'hui et demain
Mort et vie
Monde en paix
Dans la cafetière les gouttes de café
Lourdes d'une vie perfusée
Peinent à tomber, plombées de marc
Balles saturées d'une aube à venir
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17 octobre - Question du jour
Parfois, on pense à des choses et un stylo intérieur écrit le scénario de la pensée, non?
Exemple: si je m'interroge sur le menu du midi, je ne vois pas une pizza, non. Je vois sous mes paupières en pages une plume écrire, lettre à lettre: "qu'est-ce que je vais manger à midi?".
De fait, soudain, des questions d'orthographe surgissent qui supplantent la pensée première.
Exemple: hier je chantonnais, "ta maison est en carton, pirouette, KKhuuueette" (oui, oui, ça s'écrit comme ça KKhuette dans la chanson) et soudain je pris conscience que durant toute ma vie cette chanson n'avait révélé qu'un sens: ta maison est en carton et pas en briques (comme pour les petits cochons et le loup).
Mais en fait, il est également possible que ta maison soit en cartonS! Dans des cartons quoi.
Pirouette KKhuette
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15 octobre- En ce moment...
En ce moment je regrette d'avoir:
- moins de temps pour écrire
- moins de temps pour vous lire
- moins de temps pour vous écrire
- moins de temps pour publier vos commentaires
- moins de temps pour y répondre
Cher lecteur pardonne-moi une fois encore, mais:
- je fais mes cartons, je cartonne en somme
- je travaille toute la journée et le soir venu
- je travaille encore, j'écris pour d'autres et
- je fais mes cartons
Et puis parfois, je dors.
Mais... je rattraperai le temps qui n'est jamais perdu.
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13 octobre- Pensée du jour
De la bouche de la vérité, sortent souvent des enfants.
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8 octobre - Les escargots
Entre chez moi et l’appartement de mon amie Nadège, il y a un petit parc, que je longe ou traverse, selon qu’il est ouvert ou fermé. Ceux qui me connaissent savent que me rendre chez Nadège n’est pas anecdotique car j’y vais souvent (en fait Nadège me nourrit, me concocte des petits dîners avec des légumes : merci Nadège :-)). Je rencontre souvent des chats et, dans l’obscurité de la rue Titon, je partage un câlin avec eux sur un bout de trottoir. Je suis parfois contrainte d’attendre que quelqu’un entre ou sorte d’un immeuble pour tenir la porte au chat qui miaule devant. Peut-être écrirai-je un jour sur les trois chats de cette rue.
Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à mes escargots. Vous avez pu remarquer que cet été, et dernièrement aussi, il pleut pas mal. Alors sortent les escargots. Partout mais alors partout, je n’ai jamais vu pareil phénomène ailleurs. Il semble que tout d’un coup le parc transpire de tous ses côtés des centaines d’escargots. Résultat, je perds une demie-heure au moins chaque fois à les écarter des passages humains. Un par un je les décolle du bitume ou des allées du parc et les replace sur les feuilles, plantes et herbe du jardin. J’espère chaque fois que le temps qu’il leur faudra pour refaire le chemin vers les souliers des hommes sera suffisamment long pour que des hommes, il n’y en ait plus beaucoup à ces heures de la nuit. L’opération est parfois un peu compliquée par les grilles fermées du parc à travers lesquelles je dois passer le bras pour glisser le gastéropode vers la verdure. J’arrive en retard chez Nadège ou rentre tard chez moi mais, lors de mes opérations de sauvetage, je ne croise jamais personne et évite ainsi d’assumer le ridicule de la situation. Il n’y a personne et c’est normal parce qu’il pleut.
Hier soir, je rentrais (de chez Nadège pour ceux qui suivent) et soudain j’entends un crac sous ma chaussure. Je regarde. Je venais d’écraser un escargot. Croyez-le ou pas, je vécus là quelques secondes de profond désarroi. Je n’avais pas vu. Il pleuvait pourtant, j’aurais du prendre garde. Je n’osais me retourner pour voir dans quel état je laissais la limace par crainte de connaître une nouvelle insomnie. Oui, me disais-je, ce n’est qu’une limace. Mais non, c’est faux et puis d’ailleurs, j’aime bien les limaces aussi, même si je me garderais bien de les toucher à mains nues. Les escargots ont une manière de se recroqueviller dans leur coquille dès qu’on les saisit qui fait d’eux des êtres réagissant au monde. Il y en a des gros, des petits, des moyens et j’aime leurs antennes tendues vers les cieux : elles semblent dessiner des parois invisibles. Je sens dans leur périple hors du parc une sorte de tentative d’avancer, même lentement, et de franchir les frontières. Quelque part, j’admire les escargots et leur maison sur le dos. Alors hier soir, je me suis remise à mon sauvetage avec d’autant plus de ferveur que je venais de tuer un escargot. Il y en avait beaucoup, à tous les angles du parc. Je regardais mes pieds fouler le bitume pour ne pas en écraser d’autres. A ma victime, je demandais pardon. Je demandais à chacun également de pardonner la frayeur en instinct qui les rétractait au fond de leur maison lorsque je les détachais du sol, leur expliquais que c’était pour leur bien. Peut-être est-ce cela le rapport à Dieu ? Je suis cette présence que les escargots ne pourront jamais comprendre ni visualiser. Présence qui annihile en un instant des heures de glissade pour sortir du parc. Ils ne savent pas eux que je leur évite la mort. Mais cette mort fait peut-être partie des conditions de leur espèce que je perturbe. Peu importe. Je relègue ces questions, sauve, momentanément, une bonne trentaine d’escargots. Car, pour me ménager, j’ai intégré très fort en moi que je ne peux rien lorsque je ne suis plus là, que l’important est de faire et de donner tout ce qu’on peut et ensuite...advienne le reste de la vie. Lorsque j’ai estimé avoir fini et nettoyé tous les trottoirs des escargots, je croise des gens dans la rue, assassins d’escargots en puissance et les assaille d’un regard noir. Je crois que, après les bébés animaux, me voici dans la totale incapacité d'avaler à nouveau un escargot.
Je suis vraiment contente de déménager dans deux semaines, il y aura moins d’escargots là-bas, c’est sûr. Il y aura sans doute des oiseaux et je leur mettrai des blocs de margarine pour l’hiver, c’est moins compliqué que les escargots.
Je sais que si un jour un de mes amis se trouvait avec moi, il m’aiderait dans ma tâche et c’est pour cela que j’aime mes amis et que je suis fière d'eux. Lorsque j’étais encore plus petite qu’aujourd’hui, mon père me disait qu’un ami c’était quelqu’un capable de ne pas poser de questions devant un cadavre qu’on lui demande de transporter. Je n’en suis pas là, du moins pas au sens propre. Mes amis ce sont ceux qui, sans poser de questions ni contredire des raisonnements qui n’en sont pas, décolleront patiemment les escargots du bitume, attendront avec moi devant une porte pour faire entrer un chat, suivront un chien perdu dans la rue pour le recueillir ou pouvoir lire son collier.
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6 octobre- L'insomnie
L’insomnie compulse la tête
Transformée en pages de l’almanach
Agence les trois années à venir
Les courses d'un lendemain
Qu'on devine déjà pénible
Car il faudrait dormir
L’esprit se fait ardoise à to do list
L’âme déroule les scenarii des possibles
Le corps se recroqueville
Explore toutes les tangentes du lit
Se crispe
On force les yeux à se fermer
Et sous les paupières c’est un défilé
Visages, mots et moments
On se tourne, on rajuste l’oreiller
Comme pour changer d’idée
Le dos est une ficelle tendue
Les jambes sont lourdes
Les bras sans forces
La chair se sent secouée
Sur un tamis de crin
Et durant ce temps
La percolation des lettres liquides
Etiole la nuit sur l'écran du réveil
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1er octobre - Le cheval
Les courbes de son dos
Arabesques du corps d’une femme
Des yeux pailletés des cieux
Des landes sauvages
Sa robe de princesse
Couleurs du soleil, du temps, de la lune
Mer, désert, steppe ou roseau
Sa colonne frémit de fougue et d’orgueil
Lorsqu'il court ses muscles sont
Des collines qui avancent
Ses oreilles ou un coup de museau
Révèlent sa tendresse
Proche et pourtant
Comme tout animal il transpire
Cette suprématie fascinante
Que jamais nous ne comprendrons
Que je voudrais apprivoiser
Pour me sentir eux, me savoir d’eux
Et m’y réfugier parfois comme
En refermant sur moi
Les deux coques d’une noix de coco
Lui par contre ne comprend pas
Cette douleur brûlante qui
Fait tressaillir ses moindres nervures
Des siècles pourtant que
Les éperons cinglent son ventre
Ou que
Son poitrail éclate sous l'impact
Des projectiles de métal
* Source d'inspiration de ce texte, une pub que j'ai vue hier soir au cinéma et dont les premières images m'ont captivée:
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30 septembre- Marché
Les commerçants allument les lampions aux étals
Les boules de lumière tintent et dansent au vent
Au sol les rigoles de pluie dissolvent le goudron
Le bitume se dérobe sous les pieds
Saupoudré des miasmes du monde
Les feuilles qui l’été ont chatouillé les cœurs
Pourrissent dans un ultime souffle rouge
Dans un clac on guillotine les réverbères anémiés
Dans une flaque tombent leurs têtes rouges ou blanches
Le marché est désert, ça fleure les fruits et les bonbons
Passants et marchands semblent tristes ou bien
Encore prisonniers des langueurs du sommeil
Remontent l’écharpe et le col pour le retenir
Bientôt la vie coulera le long de l'artère
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26 septembre- Pédagogie
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25 septembre - Une histoire!
Vous pensez que je suis une enfant parce que j’écris comme une enfant. Que mes phrases sont élémentaires et sans vocabulaire. C’est que je pense ainsi. Ca me calme, ça m’apaise. Ma voix intérieure me parle comme si j’étais un bébé. A voix haute je ne parle pas ainsi sauf aux animaux. Je bêtifie en somme. Ca m’apaise autant que le regard d’un chien. Mes mots simples ordonnent le monde, en douceur et sans heurt. Rien n’existe tant que je ne lui ai pas trouvé un mot simple. Aucune question sans réponse non interdite aux moins de six ans. Viens, nous allons être heureux. Dis, c’est quoi nous ?
Je suis un enfant, je suis Leila, je suis Léa, je suis les autres, je suis comme vous, je suis vous. Je+je+je+je+je = nous. Nous. Nous devrions prendre garde à nous parler comme aux enfants. Doucement. Prononcer distinctement, avec des mots simples. Mon cœur, ma chérie, mon loulou, petit chou. N’aie pas peur, ne crains rien, je suis là et regarde sur le mur, le soleil dessine pour toi des morceaux de chocolat. Se ménager comme un rêve, se fâcher dur lorsqu’on fait des bêtises. Je m’appelle Léa et lorsque j’en ai décidé ainsi j’ai fait une bêtise. Je n’avais pas compris que ceux auprès desquels je pouvais décider de m’appeler je les avais choisis. Qu’on choisit les autres au gré de ce qu’on est, pas selon un prénom ni une identité mouvante. Je n'avais pas compris qu'on ne décide pas. Quel prénom désigne le pays de mon esprit ? Parfois, je suis la Marianne évanescente des paquets de Gitanes. La Marianne aux seins cancérisés, le coeur croustillé par le regard d'un chat.
Je suis Marianne. Les vacances c’est l’absence de parole. Retrouver la valeur des mots et du dire, ne plus parler pour ne rien dire sauf pour rire. Partir au plus près, au plus juste. Partir avec tout ce qu’il faut pour éviter d’adresser un mot ne serait-ce qu’à la boulangère. Economiser jusque dans les produits de première nécessité. Oui, bonjour, et pour vous ce sera ? Un euro dix, merci, bonne soirée, oui, bonjour, et pour vous ce sera ? Elle débite en boucle sa litanie stridente sauf lorsqu’elle parle aux enfants.
Après quelques jours, je recouvre l’espace de mon intégrité. Ne plus parler du tout, ça m’apaise. Ne plus parler du tout et j’entends mon pouls jusque dans mes chevilles. J’entends ma respiration en colonne vertébrale. Ne plus parler du tout, à mesure un pays s’installe qui ouvre ma bouche en sourire. Mes yeux sont des crayons de couleurs, je me tais et des paysages se précisent. Les peuples ont mes boucles brunes et courent en nomades. Dans leurs mains, sur leurs épaules ou sur leur dos, s’accrochent les animaux de ma terre. Ils s’engouffrent dans des courants de vent tiède et le soir, allongés sur le dos, tendent pieds et pattes vers la lune pour que ses rayons les massent. Puis ils s’endorment en amoureux au creux d’eux. Dans ce pays on parle avec les yeux verts ou bleus de la mer ; je n’ai vraiment plus rien à dire ni à ajouter, mieux serait insoutenable. Libérées de l'ancre des mots, les images virevoltent, se posent et je les colle. Je deviens Marianne, identité sans parole qu’on aimerait faire parler. Je deviens liberté, loin des sillons et du sang, moi Leila, je suis lait, je suis la d’une sonate, je suis Marianne, évanescente silhouette d’un paquet de Gitanes. Lorsque je reviendrai et qu'il faudra parler je serai l’enfant sans nom, de la bouche duquel sortent des pièces d’or à la place des mots.
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18 septembre- Revoici, revoilà
Revoici
Le roux aux arbres et leurs feuilles au visage
Revoici un soleil revenu à la modestie
Ses rayons en pinceaux habiles
Décalquent la ville en ombres subtiles
Paris quitte la mollesse, se redresse
Revoilà
Au matin ce court moment
Où le soleil et la lune se partagent un ciel pastel
Bataille rangée de lassos roses et violets
Le souffle froid réveille, bientôt il mordra
Nez, pieds et bout des doigts
Revoici
La nuit en rideau
Fin de la représentation
Les halos des bars meurent sur le trottoir
Le froid est ma saison
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17 septembre - P'tit poème
Billes, boules, bulles
Selon la main,
Sous le pull
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15 septembre- Peuple
Dans la nuit bleue de mes yeux clos
Marche le peuple des dunes
Sur les collines de sable et jusqu’au lointain
Leurs robes blanches tracent mon chemin
Etoiles brillantes le long de
La feuille fragile d’une nuit bleue
Peuple des dunes, d’une main cajole le ciel
D’un souffle expire une bulle, planète blanche
Qui monte, monte, s’envole et s’assoit
Peuple des dunes, mon peuple des lunes
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13 septembre- Fatigue
Fatiguée de se bagarrer
Car le bonheur loge au creux
Des instants de répit
Assez de rire toute la journée
Parce qu’au fond ce n’est pas drôle
Et qu’on ne demande jamais
Au clown de se démaquiller
Le fond est glue à mes paupières
Lasse d’écrire, ce n’est pas vivre
Les élans trop haut, les rêves trop beaux
Nous élèvent mais on descend seul
Fatiguée, égarée dans Paris
De pousser une nuit vers le petit matin
Pour qu’elle
tamise nos incapacités
colmate les fissures
Et que dans le noir, enfin, on se confie nos vérités
Pour que la mienne conserve l’éclat du soleil
Des yeux verts
Des yeux bleus
Que j'ai aimés
Je me bagarre comme je peux
Ris parce que c'est mieux
Rêve toujours de mieux
Ecris parce que je ne peux pas faire mieux
Et pousse une petite nuit vers un grand matin comme j’espère
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12 septembre- Souvenir (1)
Je devais avoir dix ans, peut-être un peu plus, peut-être un peu moins, lorsque je pris conscience, frontalement, que la vie ne serait peut-être pas aussi simple que pour le Club des 5 et que les méchants poursuivis par Fantômette n’étaient que des brigands manichéens alors que l’existence déroulerait sans doute devant moi son lot de méchants subtils. J’avais déjà émis une réserve intérieure quant à l’immortalité du chien de François (ou de Nick ?), Dagobert, lorsque mon chat Pastel avait subitement disparu de mon quotidien, transformé le soir même en un nuage que j’avais vu filer dans le ciel. J’avais également assimilé l’idée de mes déconvenues à venir dans le domaine sentimental quand, à l’école primaire, les garçons précocement en proie à des quêtes identitaires et aux marasmes de l’âme qui naissent sur une humanité féconde et éraflée, assaillaient ma petite personne de doléances alors que moi j’étais secrètement amoureuse de Fabien Guy, simplement parce qu’il était beau. Voilà, ce cadre posé pour signaler que, à dix ans, déjà, je n’étais pas née de la dernière pluie ! Lorsque…
… je partis en colonie de vacances pour faire du cheval. Au niveau des vivants, je ne me souviens d’ailleurs que de mon cheval, Haïfa, une belle femelle camarguaise. Paix à son âme, elle fut des jours durant ma première amie féminine. Le dernier jour de la colo, allez savoir pourquoi, je fus chargée d’aller avec le "mono" faire des emplettes pour notre boum de départ. La vie était encore simple, aux allures d’un supermarché achalandé de bonbons où il suffisait de désigner les paquets pour qu’un homme, grand beau et fort, les mette dans le caddie et règle à la caisse avant de ramener princesse et friandises à bon port.
Une fois la mission accomplie, j’allais me doucher. Les douches étaient une enfilade de cabines et, alors que je briquais ce corps dormant (selon l’expression de quelqu’un que je connais bien,sans que toutefois je sache si elle cultive un lien avec une belle et un rouet…), j’entendis quelqu’un pénétrer dans le couloir des douches, en claquant la porte et en hurlant. (Ici, suspense).
«Qui a fait les courses pour la boum de ce soir ?! Elle est où la coooonne qu’a fait les courses pour la boum de ce soir ?!». C’est moi, mais évidemment, je ne le dis pas tout de suite (la vie m’apprit ensuite qu’il valait mieux même parfois éviter de le dire tout court). Je finis par émettre un timide « euh, c’est moi », en ouvrant ma cabine. Nue devant une fille habillée, inculpée de quelque chose, mais de quoi ?, face à une hystérique, je pris soudain conscience que, un jour ou l’autre, aujourd’hui peut-être, je mourrai. Bref. La fille me dit, toujours en criant : «et tu t’es jamais dit dans ta p’tite tête que y avait des gens qu'aimaient pas le chocolat ?!». (C'était une petite fille qui, sûre d'elle, parlait sans aucune négation).
- …..
- …..
Alors là, non. Je ne m’étais jamais dit qu’il y avait des gens qui n’aimaient pas le chocolat. Je pris la mesure de la désespérance de cette petite fille, évincée, à mesure qu’elle ouvrait les sacs de victuailles, de la boum à venir car je n’avais en effet choisi que des friandises à base de chocolat, mais également de sa colère disproportionnée parce que bon, ne pas aimer le chocolat, c’est tout de même de l’ordre du pas possible. Je me sentis coupable et pourtant si innocente, ayant fait tout ce que je pouvais pour que mes compagnons de chambrée se régalent…Je me demandai si le ce "tout ce que je pouvais faire" était véritablement honnête et si je ne devrais pas employer le reste de mon existence à tenter d'apporter une réponse quotidienne à cette question de Damoclès. Je m'interrogeai aussi sur la capacité de mon esprit à intégrer, dans l'avenir, l’ensemble des possibles du monde, même incongrues. Comment faire pour comprendre, intégrer, voire accepter, ce que je ne peux appréhender ni même formuler ? Il y a des gens qui n’aiment pas le chocolat ! Diiingue, non ? Elle n’avait qu’à le dire aussi, en amont, qu’elle n’aimait pas le chocolat, afin que je me familiarise, à mesure de mon périple en carrosse vers le supermarché, avec cette idée affilée.
Dans cet affrontement, sans doute ai-je inconsciemment arbitré de la manière suivante cette flopée de questions : les filles, vraiment, c’est bien trop compliqué et biscornu, elles ne disent pas les choses, calculatrices comme des lionnes dissimulées dans des fourrés (ou dans des couloirs de douche) à guetter une proie qu’elles acculeront de leurs propres responsabilités et désespérances (car, ne pas aimer le chocolat, c’est dur pour un enfant).
Quinze ans plus tard, peut-être un peu moins, peut-être un peu plus, un ami (car je n’eus alors que des amis sans –e-) me dit : «mais, toi aussi, t’es une fille !». Stupéfaction, consternation, yeux ronds… A quel point tout de même, les hommes, même les êtres chers, se laissent aveugler par les apparences… ! Dix-huit ans plus tard, peut-être un peu moins, peut-être un peu plus, j’eus ma première amie avec un -e-. Et vingt ans plus tard, peut-être un peu moins, peut-être un peu plus, ce matin exactement, la résurgence de cette anecdote me fit soudain prendre conscience que femme et homme étaient autant de clivages dépassés, et que ce matin, je me trouvais surtout, à ce feu, à avoir enfin l’âge de sortir avec le mono ! Et, qui sait, peut-être même avec le prof d’histoire ?
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9 septembre- Palace
Les marches du Palais de Justice
Mouroir des incapacités
A communiquer
Dans un dernier souffle
S'affrontent nos infirmités
Sur les marches du Palais de Justice
Dans un ultime
râle
sanglot
silence
cri !
Les vies se rangent par responsabilités
Etiquetées, affaires classées
Un homme descend les marches
Fend le bal de robes noires
Il pleure
Regarde Paris, hagard
Remonte pour s’asseoir
Et comme un enfant
La tête enfouie dans ses bras
Il pleure
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N./
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17:51
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