En ce moment j'ai
La peau du croc croc d'île
Fascinant, terrifiant reptile
Sa gueule ouverte
Est idée de l'abîme
De la mort lente
Croc croc croque
Et pourtant en vous dévorant
Il verse ses larmes
De croc croc d'île ou d'il
La femme les aime en sacs
Lorsque j'aurai des enfants
Je leur lirai les histoires
Que je leur aurai écrites
Exit le loup sanguinaire
Le méchant croc croc d'île
Ou le terrible ours
On n'a pas idée de laisser perdurer
Auprès d'âmes naïves
Pareilles sottises
Faut se mettre à la page
Je leur lirai les hommes
Leurs détritus
Propres et figurés
Qui feront taire à jamais
Le hurlement du loup
Le glissement du reptile
Le grognement de l'ours
20 mars-Croc croc d'île/ d'il?
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19 mars
Alors elle m'a regardée et dit
Vous vous êtes tue tout l'été
Eh bien, écrivez maintenant!
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18 mars- Ma barque
L'arche de Noé, le bateau ivre, le radeau de la méduse
Puis ma barque
Il ne faut pas de tout pour faire un monde, ce n'est pas vrai
Il ne faut pas grand chose pour faire le mien
Une poignée d'humains montent sur ma barque
Quelques uns que je n'aime pas
Parce qu'il ne faut pas de tout pour faire un monde
Mais il ne faut jamais oublier les miroirs
Et mes autres miroirs, tous les animaux
Même les moches ou les méchants
Surtout les méchants et les moches
Et ceux qui disparaissent
Climat, braconnage
Tigre, loup, ours, souris, oiseau...
Hop, tout le monde à bord de ma barque
L'éléphant rame avec vigueur
Il craint la mort, quittons la terre
Dans l'ombre du bateau
Sous l'eau, mes poissons
Requin, baleine, pieuvre, ils suivent tous
Même la méduse a été conviée
Etres sans conscience
L'instinct nous guidera
Qu'importe où pourvu que ce soit loin
De ceux dont la conscience
Tranquille
Abattent un homme la tête à terre
Un arbre centenaire
Ou sur la banquise un phoque aux yeux doux
La glace n'est plus que rouge
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17 mars- Animal
Sa peau couleur miel
Striée de chemins noirs
Tantôt infimes
Tantôt épais
Ses joues s'ébouriffent
De poils blancs
Qu'on voudrait effleurer
Lui donnent un air bonhomme
Son nez en plaine
Descend vers la rivière
Sa mâchoire fermée
En sourire désabusé
Serre les dents
Ses moustaches blanches
Rideaux de nylon coupés sec
Des grosses pattes
Tendues de muscles velours
Les griffes rentrées
Et des yeux....
Tête baissée pour séduire
Ou relevée sondant le ciel
Sur le rideau miel
La pupille noire
Dompte quelque chose chez vous
Qui se tait, s'immobilise
Comme si vous retrouviez l'équilibre
Décidée, féroce
Suave
Son regard...
Suffisamment vécu
Pour se méfier
Suffisamment vécu
Pour savoir
Qu'il faut tenter
La jungle!
Il ondule en serpent
Suivent ses stries
Au ralenti sans un bruit
Son regard fixe
Meut tout le reste du corps
Des pattes ou du ventre
Se colle à la terre
C'est le tigre du Bengale
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14 mars-
Ruelles nues
Blessures discrètes
Lointaines et tues
Entends-tu ?
Les fractures
Discrètes
Je rêve toujours
Attends, espère
Nul n’étouffera ces verbes
Pavés pour mes pieds
Ni ma main qui se tend
Se présente trop souvent
Pire que le rien
Mais,
Continuer, imaginer
Mes rues peuplées de tigres du Bengale
Mes arbres colorés du sourire triste des macareux
Mes avenues d'ours blancs
Mes édifices auxquels se suspendent
Des pandas noirs et blancs
Quand la vie se bariole de nuances
Au panneau barré
Fin de ma ville
Peut-être seras-tu là?
Mais,
Loin de tous les vents
De leurs sens et directions
Ma vie suivra son souffle
Qu’importe d’être seule
Ou d’être peu
A bord du bateau
Pourvu de goûter chaque jour
Au sel des flots et parfois aux
Haltes auprès de quelques animaux
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13 mars- MerKiiii
En amitié je n'ai, grâce à vous, à chacun, pour des raisons différentes, jamais besoin des retours en arrière!
On ne relève pas les fantômes du passé. Si l’envie nous en prend, c’est le présent qu’il faut interroger : on ne se retourne que lorsqu’on ne voit plus le chemin devant. Mieux vaut alors lire les histoires des autres. Les absents sont absents voilà tout, les mots sont la réalité. Petit poucet…retournez-vous et vous rencontrerez l’ogre. La mode est à la résurrection des amis perdus et des anges déchus pour meubler. Mais on a rien à se dire, au nom de quoi d’ailleurs?, plus de moments partagés et ils ont souvent bien changé. Une fois j’ai retrouvé quelqu’un, le même que dix années auparavant : à son contact j’ai recouvré mon intégrité, découvert avoir conservé quelque chose de droit, de pur. Quelque chose d’infime comme une raison de continuer. Mais à se délecter du passé lorsqu’on craint l’avenir ou qu’on est ombre au présent, on risque bien d’oublier de vivre. Les figures parties ont toujours des allures de héros de romans et on réécrit: écrivons plutôt!
Et pourtant. Néanmoins. Toutefois. Quinze ans plus tard je voudrais en retrouver. Pas pour savoir ce qu’ils sont devenus, ni pour dire « eh, reviens, y a de la place ». Pour pouvoir dire à quelques amis de classe, « eh, copain, tu m’as bien manqué » : pas toi, pas vraiment « tu » en fait… nous. Je connais leurs noms. Savoir seulement peut-être s’ils sont toujours là, vivant quelque part, s’ils ont tenu le coup, s’ils sont heureux. Je pense souvent à eux.
Et il en est d’autres que j’aimerais retrouver pour dire merci. Pas forcément retrouver véritablement : au téléphone, dans un mail, dans une lettre… dire tu as compté… finalement. Pour dire dans ce que je suis là il y a un peu de toi tu ne le sais pas je te le dis alors merci. Les années estompent l’expérience, le suc seul demeure. Dans l’intensité, non dans le temps, se jouent les instants perles de l’existence. Une attention, un regard, un sourire, une lettre. La vie vaut pour ses hasards en poésie qui ramènent soudain de loin une flagrance oubliée. Une note, quelqu’un, une lumière, un moment, un regard, une grosse pluie, un mot d’esprit, de l’âme ou du cœur. Il en est qu’on n’oublie pas. Ce soir je me souviens de l’Irlande, sous mes paupières ma grande Bretagne, et je sais que dans le village je retrouverais ta porte. Si je frappais et que ta mère ouvrait je n’aurais rien à dire sauf dites-lui merci… finalement… En anglais.
Morale : vous la connaissez mais je voudrais prendre la peine de m’en assurer. Les relations essentielles sont comme le grand vin. Il faut leur laisser le temps de mûrir, de prendre de la bouteille, des zones d’ombre, avant d’en explorer tous les parfums. Et parce qu’il est nettement plus onéreux de se procurer aujourd’hui une bouteille vieille de quinze ans, mieux vaut parier sur l’avenir, le voir et investir dès maintenant sur un crû prometteur (moyennant un peu de flair et quelques erreurs qu’on ne répètera plus). Tellement plus simple de vous dire au présent vous comptez tant… merci! Chaque jour je goûte la saveur de votre présence, la ravive en votre absence et c’est ainsi que, ensemble, dans quinze ans, nous ouvrirons la bouteille.
Zêtezémus?
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12 mars- La cruche
Y a une cruche sur la table
Vous l’avez saisie vous l’êtes passée
De main en main
L’avez remplie, remplie
Vous êtes servis l’avez passée
De main en main
Vous avez réchauffé son anse
Lui avez donné corps
Elle vous a saoulés
Vous a ouvert les portes de l’oubli
Et c’est vous maintenant partis
Qui l’avez laissée là
Seule, vide sur la table
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11 mars- Le poème
En vers ou en prose, mes amis n’aiment pas les poèmes ce que je regrette amèrement, on s’en doute à la lecture de ce blog. C’est sur lui que je voudrais m’étendre aujourd’hui comme sur une plage.
Le poème est minéral, pierre précieuse ou sculpture taillée sur un bloc de pierre sans âge. Beaucoup d’outils pour le faire naître, petit ou grand : les cinq sens en alerte, conscience et inconscience en ballet, patience. Les vagues de souvenirs, faits et sensations mêlés se conjuguent au présent, parfois à l’avenir lorsque des yeux l’inspirent.
Chaque mot y prend sa place, entière. Le poème seul le met en perspective, lui octroie son épaisseur, sa polysémie, ses origines, ses sons, sa longueur et son rythme. Le poème seul confère au mot une véritable sociabilité : lui fait tenir la main de son voisin, l’enjambe ou l’isole. Alors, le mot choisi, lié ou délié, s’exprime, parle, exhale : il faut lire à haute voix, se laisser ballotter, s’endormir ou courir le long des palpitations du poème. L’association incongrue de deux mots en fait naître un troisième. En surface, quérir le sens ou plonger pour être envahi par l’essence.
Le roman, le film, la nouvelle : histoire en intrigues, personnages et péripéties. Une histoire qui touche et émeut. Le poème c’est notre histoire qu’il éveille, non celle vécue les yeux ouverts, celle filigrane de sensations qui court en mille-pattes sur l’échine de l’âme. Il fait tressaillir, frissonner une sensation oubliée. Plus les mots y sont faibles et plus ils sont forts, creusets où puiser ou se trouver. Qui n’aime pas les poèmes a fermé une porte de lui-même. On ne peut ne pas aimer les poèmes lorsqu’on aime les chansons, la musique, on n’a juste pas trouvé ses poètes ou ses poèmes. Le poème est un tableau et devrait être exposé comme tel.
Car on ne lit pas un recueil de poèmes. On en prend un, on s’en délecte, on le laisse faire son chemin, complètement. La lecture du poème exige la patience comme l’enfant se délecte longuement du berlingot. Un second, demain peut-être, ou un autre jour. Le poète, ses poèmes, c’est comme la poésie : ça se saisit, évanescent, sur l’instant. L’envie soudain d’un poème, tendre le bras, attraper le livre, ouvrir à n’importe quelle page. Le recueil de poèmes est un livre d’images mouvantes.
Pour clore, après Brauquier et d’autres évoqués sur ce blog, voici un poète à découvrir : la lecture de ses longs poèmes en prose peut sembler décourageante mais à chaque page il est un, deux ou trois mots, qui touchent. Voici ce qu’il écrit sur la poésie :
« Mais qu’est-ce que la poésie
Le proverbe ne le dit pas
Elle est peut-être je m’avance
Les sables ici sont mouvants
Elle n’est peut-être
Que ce qui ne s’oublie pas
Ce qui ne se découvre que les yeux fermés
Le jour et la nuit ensemble
Derrière une porte condamnée
Qui ne peut jamais s’ouvrir
Que si on ne la force pas
Le poète est celui-là qui ne cherche pas mais trouve
Par haute fidélité
A ce qui n’existe pas
Comme l’homme existe et s’en va. »
Georges Perros- Poèmes bleus
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10 mars- (Sans titre)
Ce n’est pas le temps qui manque
Ni lui qui fait défaut
Mais tes pas dans la rue
Qui marchent près de moi
Sans lesquels le temps n'existe pas
Je voudrais étancher le besoin
La nuit de retrouver mes semblables
Me dire tout le monde est là
Me dire ils sont comme moi
Et je suis, là
Et si un matin je me réveillais seule
Personne dans les rues
Personne pour me lire
Et personne à qui dire
Vous êtes là, vous êtes comme moi
Faudrait-il alors raconter une histoire?
Il était une fois...
Il était une fois moi, là
Le néant caché au creux de mes sourires
La peur dissimulée sous l’aisselle de mes rires
Je m'envole sur les paroles en l’air
Et regarde Paris parée de ses lumières
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6 mars- Avec vous
C'est un p'tit texte de rien du tout
Et je vais l'écrire avec vous
Il tient dans la paume de vos mains
Comme une cocotte en papier
Ses feuilles en duvet blanc ébouriffé
Il a les oreilles roses arrondies
Ouvertes à tous les vents
Ses pattes brunes
Chatouillent vos lignes de vie
Et son museau gris humide
Hume les effluves de votre existence
L'évidence verte de ses yeux
Protégée par des longs cils
Et dans la paume de vos mains
Petit texte de rien du tout
Cocotte en papier
Vous sentez les pulsations
Fragiles de son coeur bleu
Laisse de l'encre sur vos doigts
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5 mars- Assez
Assez de
Ceux qui
Remâchent, ressassent
L'histoire et leur passé
Ceux qui
Qui n'ont pas su huiler
Les rouages de l'existence
Cherchent encore la main
De leur maman
Ceux qui
N'ont pas encore regardé
Leur reflet dans leur glace
Pour envisager une place
Ceux qui
Se cachent
Dans les limbes de l'ombre
Entrent dans l'arène
Et fuient par les gradins
L'absence les émascule
Assez, plus de temps
A perdre pour soigner, panser
Penser pour vous
Je ne suis pas vous
Ni à vôtre place
Vous n'êtes pas mes amis
Et le phoenix renaît de ses cendres
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3 mars- Couleurs
Cavalier de l'aube bleue
Dans la clairière d'un désert
Gorge-toi des jeux de lumière
Laisse ta monture s'abreuver
A la source clarsemée de soleil
Dénoue les étoffes qui étouffent
Ta peau basanée caramel
Ote les bottes élimées par le vent
Et le rouge turban
Qui retient ta chevelure
C'est le repos du guerrier, cavalier
L'heure de libérer
L'escarbille orangée de ton regard vert
Vers le voyage mauve des nuages
L'immensément ailleurs
Heure de l'échappée belle
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29 février- Le parti pris des choses
Mais certains, à leur façon, se rebellent contre cette condition.
Exemples...
Les fils!
Ils passent leur vie à s'emmêler par terre, au mur, derrière le téléphone et cinq cheveux blancs ne sont pas de trop pour perdre trois heures à défaire les noeuds et à restituer l'état initial et harmonieux des fils à terre.
La housse de couette!
Celle-là... déjà la repasser revient à toucher du doigt l'inanité de l'existence mais entrer la couette dedans... alors là... on s'y perd, on se débat, jamais les coins ne se placent au bon endroit!
La pochette du CD!
Son ouverture entraîne irrémédiablement la perte du sang froid et d'un ongle, mais... solution! Les MP3.
La pince à épiler!
Elle devrait entrer dans le langage courant pour remplacer l'expression chercher une aiguille dans une meule de foin, situation ma foi peu quotidienne. En revanche, chercher sa pince à épiler dans 30 mètres carrés, voilà qui relève du défi hebdomadaire! Elle se cache, se glisse dans le canapé ou dessous, tortuuuure.... Dans le même registre, il y a les clés qui semblent douées pour se télétransporter toutes les trois minutes du fond (très profond sinon c'est moins drôle) du sac aux poches des vestes en passant par celles du jean: ne les cherchons plus...
La télécommande!
Celle dont les piles sont toujours usées, qu'on brandit dans un accès de pouvoir pour finalement se dire que demain il faudrait penser à acheter des nouvelles piles.... En attendant, à coups de scotch ou de doigt glissé sous le clapet, on essaie de l'amadouer.
Et tant d'autres choses (je passe sous silence la Livebox, Internet, les logiciels et tout autre objet informatique...); liste susceptible d'être augmentée : il faudra repasser!
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28 février- Silence
Je n'ai jamais oublié de rire
Ai retenu bien des sourires
Je n'ai pu dire
Trouver les mots non usités
Juste de moi pour toi
J'ai compté sur les silences
Brodés de l'accalmie du blanc
Silence en je ne sais pas
Passé, froissé, repassé sous silence
L'élan que tu m'inspires
Inspirer, expirer
Ravalé les palpitations de mon existence
Je n'ai pas su écrire
Tracer les mots
Pleins et déliés pour tes partitions
Je n'ai pas trouvé
Pour te dire, t'écrire, te chanter
Mon viens en main tendue
Mon ce que tu n'as pas chez moi tu le piocheras
Viens, donne, prends, reste
Adviendra que pourra
Nous aurons fait le pas
Soit je ne sais pas dire
Soit je ne sais pas écrire
Ou bien tu ne sais pas
Entendre l'éloquence
Des silences
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26 février- Après
Après l’amour l’intense
Qui laisse béant un coin du ventre
Désert un bout de l’âme
Le corps a hissé son étendard
Sourire au bord des lèvres
Allongés sur le dos
Regarder des lucioles s’éloigner
En farandole
Après l’amour
Le souffle s’apaise
Il faut le reprendre
Comme le pouls du temps
Minutes en corps
Dans un moment suspendu se sont
Précipité, enivré d’éternité
Ou étiré les bras ouverts
A présent reprennent leur marche militaire
Sur le cadran
Après l’amour
On lâche la main de l’autre
Pour reprendre sa vie
En main
Dressé sur son séant
Dans les draps caverne d’espoirs
On ramasse
Conscience, mémoire, souvenirs
Les miettes de passé et les bribes d’avenir
Et on dit je dois partir
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23 février- Le cirque
Le clown ouvre la danse
Le temps dans son sillage
Sur le dos des éléphants
Effleurer la voûte céleste
Ouvrir la bouche en grand
Gober les lampions
Lueurs éphémères
Dompter le lion
S’élancer sans filets
Etoile filante pour humer
Les odeurs de frites et d’encens
Dans le poing attraper la poussière
En rires d’enfants
Bing, retentit la cymbale
Et le contorsionniste
Fait son numéro de vie
Le clown revient
Passe larme rouge à gauche
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21 février- Retour
Temps de recommencer
Sous une couverture
Je me suis cachée
Dans le noir j'ai retrouvé
Des instants bulles de savon
Les sourires en nacelle
Puis j'ai pris du sable
J'ai tout gommé
Doucement sans mal
J'ai empli ma tête
Du ressac des vagues
Coloré mes joues
Aux miettes de soleil
Puis je me suis levée
Forte et sans peurs
Pas même de mourir
On meurt tant de fois
Et sur le dos de nos mains
J'ai inscrit le mot fin
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15 février- Ici, mais pas maintenant
A Tunis, tenir à un fil, suspendue entre chaleur suffocante et souffle d'air. La fraîcheur de la villa qu’on lave à grands seaux d’eau, la nudité des pièces et des murs, le soleil qui filtre à travers les persiennes. La dalle, le marbre, le blanc. Les chats malingres errent dans les rues. Absence de hauteurs, la tête directement dans le ciel. Les feuillages verts, ponctués de rouge, d’orange et de mauve, dégueulent des murs de clôture. Les grillons, obsédants. Le soir, le claquement des sabots du mulet qui passe, dans les langueurs de la sieste salvatrice, les appels du muezzin. Les conversations, fortes, en arabe, sur fond de klaxons, de crissements de pneus, d'odeurs d'essence et d'égouts. La circulation coule en jaune des taxis. Tunis n’est pas une ville où l’on marche ; elle s’étend et la vie se distille sans quartier de prédilection. Hormis le souk, centre névralgique du tourisme. Ses quartiers huppés et fréquentés ne lui appartiennent pas vraiment : la Marsa, Sidi Bousaïd. Là où se trouve la mer. Dans la journée, on traverse la ville en voiture pour se rendre d’un point à l’autre. L’odeur des poubelles se mêle à celle des palmiers et de la chaleur du sol, entre ciment et terre battue. La ville est comme abandonnée aux chats et aux chiens. Mais la nuit, la sensation est toute autre, la ville vibre d’un bout à l’autre, comme parcourue par un fil de corde à linge. Jamais beaucoup de monde en un endroit, mais des gens partout. Fenêtres et portes sont ouvertes par lesquelles s’échappent musique, télévision et fumets. Sur leurs perrons, des hommes fument le narguilé. Ici, à 2 heures du matin, une devanture ouverte de crèmes glacées, là une boulangerie ou un épicier. La nuit n’est pas lumineuse, plutôt sonore. On peut sillonner Tunis en voiture, les fenêtres ouvertes, fermer les yeux et ouvrir ses oreilles et son nez. Les bruits, les odeurs, toute cette vie fourmillante, me titillent, m’agacent, tout est familier, je suis chez moi et pourtant étrangère. Puis je quitte la capitale. Le trajet m’émeut parce qu’il n’a sans doute jamais changé. Avant-goût du désert dans les volutes du vent tiède, petit sirocco. La route est trouée, chaotique, les gens conduisent n’importe comment n’importe quel véhicule : tracteurs, vélos, mulet ou mobylette, sur l’autoroute. L’air tiède s’engouffre, caresse mon visage. Il apporte des remugles de sable souffré et du cactus pimenté. Le long de la route, une bande de sable, à peine parsemée de quelques maisons. Des palmiers et une nuit gorgée d’étoiles. A mesure que je me laisse envahir par les odeurs, je m’assoupis. Langueur bercée par les conversations en arabe de mes compagnons de voyage. Je vais à Sousse en louage.
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13 février- Ici, le ciel
Ici dans ce pays
Le ciel a trouvé son pluriel
Pour se sentir moins seul
Les cieux
Soirs et aubes de feu
Les nuages s’ourlent aux paupières
S’égarer dans l’immensité
Partout, à rien ne s'écorche
Se tord dans les ruelles
Serpente et demeure
A chaque seconde du monde
Le ciel remercie le pays
L’abreuve de lumière
Découvre le soleil
Réfléchit les chants du muezzin
Accueille les toits du minaret
Délègue ses oiseaux pour égayer les âmes
Décuple la mer
Et c’est l’éternité
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11 février- Ici, les chats
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9 février- Retrouvailles
Demain je la verrai encore.
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8 février- Départ
Cette nuit a ouvert
Dans une goutte de pluie
Sous ma paupière
Les tunnels du voyage
Eléments du poème
La ligne bleue des montagnes
Les sapins et la roche brune
La terre rouge poudre des joues
Les arbres décharnés
Le ciel décoloré du blanc au rose
Percé de trouées bleues
L'herbe sèche et blonde
Comme tes cheveux
Les arbres décharnés
Totems à sorcières
Le cygne et le canard
En un vol solitaire
Le triangle d'oiseaux
Qui fend le ciel
Quand je serai grande
J'aimerais
Etre dévoreuse de paysages
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6 février- Promenade
Dans les branches des arbres
Nids ou boules de gui
Le soir décline
La terre transpire en volutes
Grincent puis claquent les volets
Le froid lance ses flèches
Remonter l'écharpe
Entrer les mains dans les poches
Dans le village des lueurs chaudes
Disséminées derrière les carreaux
L'odeur des cheminées
Se faufile vers mes narines
Une corneille déchire le silence
Dernier cri avant la nuit
Il est temps essentiel
Pause du cœur sur la partition
De retrouver le chat
Enroulé près de l'âtre
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4 février- Cancer
Ces dernières décennies le cancer
Signe ascendant
Crabe aux pinces carnivores
Se repait des chairs
Dissèque les intérieurs
Lambeaux
Patient, goûte le jus de la torture
S'en lèche les babines
Tricote ses tumeurs
Et je n'oublie pas
L'oiseau blessé sur la plage
Impossible de voler
Sautiller, boitiller
Et la horde de crabes
Qui se rue sur lui
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