12 janvier- Pour Cécile

Danse, tu es une flamme
Dans ta robe rouge
Juchée sur tes talons

Danse, tu es belle

Ferme les yeux
Reste avec toi
Ne les regarde pas
Ondule et bouge

Je t’aime mon amie

Te voir là en vie
Dans ton corps
Tes deux pieds au sol
Pour mieux t’en éloigner

Ton âme se délite

Tu arpentes la
Partition de musique
Comme chaque jour
On essaie de faire son chemin

Les notes deviennent tiennes
Brunes comme tes cheveux
Tu grimpes dessus
Les domptes d’un lasso

Parmi toutes et tous

Tu es la plus belle
Au milieu d’eux
Et dans ta danse libérée
Femme assumée
Je vois le chemin parcouru
A tâtons puis à talons

Dans ta danse ce soir

Je sens des moments de ta vie
Et ceux passés
A parler ou à rire
Pour dissiper les nuages
Dans ta danse ce soir
C'est toi et puis
Notre amitié que je vois
Danser

11 janvier- Douceur

Y a de la douceur dans l’air
Plus de gants en scooter
Les branches des arbres
En souffle caressent mes jambes
La brise effleure mon visage
Pelage soyeux du chat
Ses langues en rubans
Enrobent les émotions

La Seine est lustrée
Semble rompre ses glaces
Le vent suave abrase
Je voudrais me coucher
Sur lui comme sur un oreiller

10 janvier 2008- Marché d'Aligre

Dix heures et pourtant il semble que le jour vient de se lever tant il stagne au ras du sol. L’air est épais de particules de soleil, comme autant de bulles concentrées d’étincelles. Le froid resserre la lumière et les mains dans les poches.

Au marché d’Aligre, veille de Noël, c’est le rush; produits à profusion rivalisent de formes, de couleurs, d’odeurs. Dans le café, peu de conversations, 10 h est l’heure passerelle entre les lève-tôt et les lève-tard, heure en suspend. Les commerçants sont là depuis l’aube, luttent pour ne pas sombrer dans le sommeil tandis que les chalands émergent à peine. Le boucher et le boulanger entrent pour faire la monnaie. Sur le comptoir, tasses de café côtoient verres à pied. Un homme entre, se prend les pieds, justement, dans le panier d’une jeune femme et peut-être est-ce, au seuil de cette porte, le début de leur histoire. Nous sommes seuls à savoir ce dont nous rêvons la nuit et ce qui nous jette dans la rue un dimanche matin. Sur la porte d’en face, j’aperçois le logo des boulangers… Un jour, un astronome m’a écrit pour me signaler que l’image était fausse car, à l’heure où le boulanger enfourne son pain à l’aube, la lune ne peut être positionnée ainsi. Certes, mais on écrit bien jus d’orange sans –s- à oranges alors qu’il y a forcément plusieurs oranges.

Teint cireux, cernes sous les yeux, la lumière manque, ici et partout, dans les étoffes de l’hiver. Les cris des marchands éclaircissent le ciel, évacuent les nuages. Les rues s’encombrent, la foule réchauffe et comme chaque fois je me demande comment il est possible d’être si seul parmi tant de personnes, d’être si là et tellement ailleurs. Gagnerons-nous et contre quoi ? Je sais que tout reste à venir, le meilleur et le pire, et celui qui me vend cet ananas semble le savoir aussi.


Nota Bene: j'ai rencontré quelqu'un lorsque j'avais 14 ans, ne l'ai jamais revu et pourtant, curieusement, je n'ai jamais pu oublier que son anniversaire était le 10 janvier. Alors... bon anniversaire Martial.

8 janvier- Premier....

.... dessin littéraire

6 janvier- Source

Le long d'une solitude serpentine
L'homme a soif d'eau douce
Pour baigner des pieds meurtris
Par les chemins sablonneux de sa vie
Blessés par les silex de l'expérience
Brûlent lorsqu'on les frotte
L'eau douce pour biffer
Les bleus des coudes, des genoux
Culbutes sur des histoires
Closes, galets glissants

Une source d'eau douce
Dans les clairières de sa mémoire
Puisée dans l'étincelle d'un regard
A la lumière chiche des souvenirs
Ou dans l'espoir du devenir

5 janvier- A un ami

L'année dernière j'ai appris
Qu'il y a pire
Que de voir un ami pleurer
Il y a le voir
La gorge nouée
Ne pas y parvenir

4 janvier- Ecrire

Ecrire c'est souffler des mots
A l'oreille du néant
Pour lui dire
Tout revient sur toi
Graver sur sa peau
Des lettres qui s'enlacent
Sur son épiderme impriment
La trace de leur passage
Cicatrice lignes directrices

Ecrire c'est t'inventer
Nous faire exister
Génie de ma lampe
Lorsque ma main se tend
Et ne trouve que le néant
De l'absence abîmée
J'esquisse pour toi
Une ligne d'horizon
Sur laquelle nous pourrions
Marcher les yeux dans les yeux

Ecrire c'est savoir
Que si je n'ai plus rien
Parce qu'une nuit tu parviens
A déserter mes rêves
Me laissant ballotter
Fragments d'espoir
Au gré du néant
Algues dans ses flots
Je trouverai forcément quelqu'un
Phare ou amarre
Pour me prêter un stylo

2 janvier- Bonne année à tous!

Je rêve le monde
A la lumière d'un songe
Noyé de bleu, de vert
Du silence en roulis
Des flots écrémés
Qui haranguent la terre
Je rêve le monde
A l'aune d'une seconde
Où bloc noir luisant de blanc
Surgit sa majesté l'orque
Pour croquer l'éternité immobile
A la croisée du ciel et de la mer

26 décembre- Lecture

Lire de tout son corps
De retour sur terre
La vie est insipide

On ne fait pas les deux
Ce n'est pas vrai
Rien dans la nature
N'est à moitié
On ne peut vivre
Que dans un seul pays
Ou on est déchiré

Alors entre les livres et toi
Pour ne pas aspirer
A la disparition sans culpabilité
Je pense moi qu'il vaut mieux
Question de santé mentale
Se noyer dans les écrits des autres
Et demeurer en être insatisfait
De sa vie

Que de toucher du doigt l'insatisfaction
De vivre

Tu ne sauras jamais
A quel point je t'ai cherché
Ma terre du milieu
J'aurais voulu t'écrire un livre
En puisant mon espoir
Sur les flancs de ta désespérance
Et nous donner ainsi
Une raison d'être en vie

Mais sais-tu seulement
Que je t'écris des poèmes?
Et que sans toi... rien
Qu'importe
J'ai besoin de tes yeux
Ou sans lune ma plume erre
Et je deviens une ombre

25 décembre- Lanterne

Parmi les houles de nuages
Au sombre ramage
J'ai cru distinguer
Une flamme vacillante
Lanterne du marin

Mon coeur avait pensé
Entrelacer nos mains
Et nous arrimer à l'aube
De demain

La voici ce matin
Auréolée de sang
Et je serre les poings

24 décembre-Noël

C’est Noël
Les amis sont absents

Les groupes disloqués
Et les rues désertes
Chacun est reparti
De là où il vient


Affres et vie,
Conflits et douleurs
En suspend pour un soir
C’est la trêve des confiseurs

En famille on sourit
Et on fait comme si

Les enfants se suspendent aux étoiles
Et autour du sapin, générations réunies
On cesse un instant
De quérir les fragments
D'une raison de vivre

Disparus l’amoureux, l’amant, l’ami
Tu redeviens le fils, ce grand enfant
Au monde sans le vouloir
Mais on t'a désiré
Et tu n’as rien à faire, à concéder ni à donner
Pour recueillir l’amour de ta maman


Accalmie d'une nuit
Et demain matin, petit prince?

23 décembre- Cadeau: deux poèmes de Louis Brauquier

Si vous ne connaissez pas ce poète, découvrez-le...

Mais plus chaud que l'amour, plus pur que l'amitié

Dépassant la mesure humaine qui te borne,
Forme d'un désespoir qui te fait espérer,
N'es-tu pas cet enfant pétri de solitude
Qui porte son tourment et son rêve à la mer?

Louis Brauquier- Liberté des mers


Peut-être un vieux regret des migrations lentes
Et le goût de l'ouest aux naseaux du matin;

Peut-être une promesse enchanteresse d'îles,
Faite à mi-voix par un voyageur imprécis;

Ou quelqu'ennui au long de corridors trop vastes
De la similitude évasive des jours;

Ou la mission d'appareiller une tristesse
Secrète qu'un ami me confie sans parler,

Me donnent ce désir de voir, un jour encore,
Autour du pont mouillé d'une vapeur du commerce

La pluie tomber sur l'océan Pacifique

Louis Brauquier- Liberté des mers

19 décembre- Affranchissement

Tout ne se dit pas ni ne s'écrit
Certains élans s'envolent
Depuis un regard, un sourire
Des actes ou dans un cri

S'affranchir...
Des mots et lettres
Cesser de lire ou d'écrire
Les pages et déliés en refuge
Les lettres sont fermées
Et les pages tournent, tournent
Sur elles-mêmes

Paraît que c'est dangereux
Douloureux et même mortel
Vivre c'est aussi les silences épais
Tissés d'espoirs en cocons
Un instant suspendu
Au creux de ta pupille
C'est un éclat de rires
Jeté à la face du monde
Ta main dans la mienne
Comme on scelle un destin
Mon sourire qui court
Des tripes jusqu'à mes lèvres
Et nos corps en aimants
Qui nous amarrent au monde
Nul besoin de dire
Ni de prouver
Vivre c'est le repos de mon âme
Lovée dans les alvéoles
De la tienne

Tout cela je ne l'écrirai
Ni ne le raconterai
Ne le dirai à personne
Mais lorsque je l'aurai vécu
Je te promets qu'alors
Je te donnerai ton nom

17 décembre- Froid

Dans le blanc du froid
La ville se fige

Les arbres ont déclaré forfait
Quelques fleurs se bagarrent
La Tour Eiffel en grande dame
Se drape de brume
Huileux, les flots de la Seine
Luttent contre le gel

Pour se tenir chaud
Canards et mouettes
Se regroupent
Découpent le ciel
En ombres chinoises

Paris se recroqueville
Ses toits de tuiles grises
Tentent d’échapper au ciel
Lourd de froid et de blanc

Sous les écharpes, les chapeaux
Ou les casques intégraux
On ne voit plus vos yeux

Seul le Grand Palais
Conserve ses oiseaux
Et toute son allure
Libellule d’acier
Il réfléchit le froid
De toutes ses facettes
Décuple chacun
Des rares rayons de soleil :
Il y eut la Reine des Neiges
Voici mon Roi du froid

A 17h précises
S’envolent les étourneaux

13 décembre- Par deux

L'un a mon corps
L'autre mon âme

Le premier me ramène sur terre
Pour m'élever vers le ciel
Le second est rêves
Et que la terre est belle!

Avec toi
Avec toi
Vraiment
Toujours
Chaque fois
Moi et les mois en émoi
Que je ne soupçonnais pas

Mais toi

Mais vous
Ni le premier
Ni le second
Ne me donnez finalement
Jamais quoi que ce soit

Chez toi et tes bras parenthèse
C'est moi qui trouve et prend
Chez toi, seigneur de mes pensées
C'est moi qui trouve et prend

Je peux m'oublier
Goûter
Là les reliefs de mon corps
Ici les récifs de mon âme
Mais il n'est d'avenir
Sans générosité

6 décembre- L'araignée

D’un fil tient au monde
Au nôtre trampoline
Descend, remonte
Rebondit, se suspend
Le long d’une corde
Qu’elle a puisée
En son ventre

L'araignée tisse la toile
Extirpe de ses tripes
Vers sa bouche en crochet
La substance
Des pattes en rouets
Elle tricote
Pas de masque
L’araignée fait peur
Aux enfants du matin, chagrin
Aux grands-mères du soir, espoir
Elle endosse l’image
Facettes de ses yeux
Assume son rôle
Là n'est pas l'essentiel

Solitaire
C'est à l’intérieur d’elle
Qu'elle trouve
Les nuées filandreuses
Qui l’aimantent au monde
Assurent son équilibre

La beauté d'une aube
Ruisselle sur sa toile
Elle y loge, y dort
Et capture ses proies

4 décembre- Ecrire, c'est facile

Comme l’amour
Elle est partout
C’est la misère

Vous ne la voyez pas ?
Quand voir devient savoir
Vous fermez les paupières
Evitez les regards
Du clodo dans la rue

Mais savez-vous seulement ?
La misère est partout
Il ne s’agit pas de cicatriser
Ses blessures le long
Des plaies béantes des autres
Nul n’a le monopole de la souffrance

Mais…

Dans les limbes du passé
Logée comme une balle
Au creux de leur histoire
Elle a tracé des angles
Aux cœurs de tes amis

Sur le pas de ta porte
Ton voisin rapièce
Les lacets de ses gosses

Quelques étages plus bas
Une mère seule ne peut
Acheter des cahiers
A ses mômes

Ils payent leur loyer
Empruntent tes escaliers
Et pas seulement
Crédits à gogo
L’un pour racheter l’autre
Paiement échelonnés
En marches qu’on descend
Plus bas, toujours plus bas
Rapetissent les mois
Déjà plus rien le 15
Et la cantine du p’tit…

Les écrans brillent,
Flambent comme des rêves
Achète, c’est à toi
Là une voiture
Ici tes prochaines vacances
Dans ton cabas
N’oublie pas, n’oublie rien
La nuit quand tu t’endors
Dresse ta liste de courses

La misère de la rue
De la caricature
De la littérature
Allons, soyons modernes
La misère est complexe

Traîne ses guêtres
Dans les rues de Paris
Sous des dehors bonhommes
Se déchaîne en furie
Dans les halls d’immeubles
Des cités HLM
Souffle son air putride
Dans les allées désertes
De nos banlieues dortoirs
Et gangrène les âmes

La misère c’est cette main
Sur ton front
Et tu baisses la tête
Condamné à marcher
Les yeux rivés au sol
Avec pour seul souci
D’éviter la merde
Le poids de tes souliers

Des rêves s’il y en avait
Transformés en langues
Oranges des réverbères
Stagnent au sol
Opaques ne montent guère
Nébuleuse est un mot à la mode

Alors un jour c’est trop
D’être petits
Toujours partout
Le monde sans horizon
Certains claquent un boulon
On les appelle fous

Et l’amour est partout
Mais il longe une route
En lacets rapiécés

29 novembre- Ta maison est en carton...

Des études pour gagner sa vie
Qu’on gagne chichement


Pour être logée, elle doit être petite
Peau de chagrin grignotée par le quotidien

Même hébergée elle n’a pas d’adresse
Méchanceté, malveillance

Même hébergée elle est souillée
Irresponsabilité, petites économies

Chaque jour gagner sa vie
La cloîtrer dans des maisons de carton
Mouchoirs de poche sans ciel

L'expérience en histoires
Pour vouloir sa vie

Mais celle des voisins résonne
Manger, tousser, roter
S’engueuler, baiser,
crier, parler
Ne plus entendre la sienne
Ce qu’elle souffle ni ses palpitations
Ses souvenirs ni ses envies
Sur papier, en musique
La coucher entre deux plages de silence

Idées et idéaux dans des cartons
On les ramène où ils sont nés
Chez papa et maman
Dans les bras de l’enfance

Parce que devenu grand
On n’a plus d’espace
Espoir rétréci
Contre intimité agrandie

Alors pourquoi
Vivre ainsi
Vivre ici
Rester là ?

Parce que Paris est belle
La Seine
Son ciel violine
Les vers des poètes
Tracent les chemins
Ouvrent les perspectives
Et je fais des photos
De la Tour Eiffel
Au fil des jours et des heures
Passent les jours, sonne l’heure…

24 novembre-Petit prince

Nous peinons
Lorsque nous voudrions peindre
Redessiner le monde
Adoucir l’espace d’un sourire
Du pinceau croquer un rire
Le barioler de couleurs vives
Tremplin pour le cœur
Ou le brosser pastels
Pour noyer les tourments
Préciser les contours
Ou les laisser s’enfuir
Parenthèses à souvenirs
Du bout du pinceau
Caresse d’un poil
Je relèverai les cheveux de lune
Qui perlent sur ton front
Tu verras alors le monde
Verras que c’est le mien
Tu me tendras la main
Pour que je t’y emmène
Petit prince

15 novembre- L'image

L’image est une puce
A l’oreille, aux paupières
Pique d’abord
Envoie ses vibrations
Se précise ensuite
Croît
Papillon déploie ses ailes
Primesautière en couleurs
Fait sa vie en mon âme
Déambule
D’airain ou plombée
Y sème
Ses cendres d’étoiles

Dans son vol tient ma vie
Elle me garde en mouvement
En alerte du sens
Subtilement la saisir
Du bout de la plume
L’apprivoiser, l'embrasser
La mettre sous cloche sans la toucher
Lui prodiguer soins, chaleur, l’interroger

Elle me dit tout alors
Me conte ses voyages
L’image comme l’idée
A fait du chemin
C’est ton visage qui dort
Une feuille d’automne
Un rayon d’or épinglé
Au verre d’un réverbère
Une flagrance dans la rue
La senteur d’une jacinthe
Une vague écrémée
La lumière moussue
Les racines du vent
Les rouleaux de l'océan

L’image est la rencontre
De tous les temps
En équilibre sur la seconde
De mon monde

14 novembre- Grèves

Paris ce matin n’a pas le même visage
Lavée par la pluie de la nuit
Le vent sec balaie les dernières saletés
Ca grouille
Marcheurs, vélos, rollers
Ca s’agite, ça palpite de taches vives
Partout
Cheveux au vent
Echarpes nouées

Jupes indociles
Aux feux les gens se parlent

Les pneus qui freinent
Sur le bitume gras
Imitent le cri de la mouette
Il n’y a plus de transports
Paris a expulsé
En surface la vie crépite

12 novembre- Musique

Sur vos oreilles mettez une musique que vous aimez
Sortez
Autour de vous tout devient alors exceptionnel
Le passant, une fleur, la fumée de la cheminée
Le monde entier se fait terre d'aventure(s)

11 novembre- A l'absent

Sens-tu ma solitude
N'oses-tu pas l'effleurer
Moi qui dormais dans la tienne
Comme dans un igloo?
Ne plus entendre notes ni mots
Les cris seulement, gémissements

La bête qu'on mène à l'abattoir
Je suis son pressentiment
Tout le long du voyage
Celle sortie de la tanière
Abattue d'une balle dans le flanc
Par le chasseur
Je suis son agonie, ses yeux qui se révulsent
Et leur dernier éclat
Je m'endors la main sur le cœur
Surprise qu'il batte encore

Peur de la nuit, de l'étau glacé
Tes bras s'en sont allés
Ne retiennent plus mes rêves
Tu m'as brûlé les doigts
Ne sentent plus le chaud, le doux, le froid
Ni les pulsations du coeur d'un autre
Eraflent, blessent et je me sens
Edward aux mains d'argent

Tu ne le sais pas, ne sais rien
Mais tu m'as condamnée
A la solitude, au flegme roide
Je ne suis plus émue
Tu m'as muée en toi
J'ai consenti
Et seule je t'ai aimé
Comme une possibilité de vivre

Seigneur de mes ténèbres
La couleur de tes yeux
Feux follets, intenses étincelles
Partition dans les miens
Dans mes souvenirs s'estompe
J'écrivais pour eux
Une histoire à deux
Que j'ai vécue seule

Tout reste mais passe
Un jour tu ne seras plus
Je sortirai grandie
Mais ma plume se tarit
Tourner la page peut-être?
Reléguer les lignes noires
Que j'ai écrites pour toi
Affronter la page blanche
Et dépasser enfin
Ta deuxième lettre de l'alphabet

9 novembre- KKhuette

KKhuette est un chat noir, prenez garde. Seule once de rédemption, une tache blanche au cou. C’est le mien, chat de la sorcière, une once de rédemption au cou. Son oreille gauche a été mordue, comme découpée aux ciseaux dentelés. KKhuette a peur de tout, d’un bruit, de son ombre, d’une main qui se tend pour la caresser. C'est normal, on lui a sans doute fait du mal, blessée au propre et au figuré. Je l'ai recueillie; elle n’a pas peur de moi.

Petite et agile, son museau noir est humide et froid, réveille lorsqu’elle le pose sur mon nez. Il n’est pas chat plus gentil. Pas un caprice, pas une bêtise: pour qui se fie aux apparences, KKhuette est presque un bibelot. Mais c’est une coquine, siestes et nuits avec elle presque indécentes. Elle hésite d’abord à grimper sur le lit, puis elle tourne autour de moi pour guetter l’encoche dans laquelle se loger. Ses yeux sont alors grand ouverts et, régulièrement, elle frotte le bout de son minois sur mon coude ou mon visage. Elle frétille, se pose finalement et entreprend une toilette minutieuse, ce qui ne l’empêche guère, si je l’interromps par une caresse, de lancer un ronron sonore, ponctué d’un léger coup de tête vers l’avant, vers ma main. Deux fins possibles à cette toilette : je veille et KKhuette va jusqu'au bout, un poil après l'autre, ou alors j’éteins et KKhuette interrompt sa toilette. Alors dans les limbes de la pénombre, tout commence.

Le petit félin noctule approche si doucement que je sens le velouté de ses coussinets, du nez soulève un coin de couverture et se glisse sous les draps. Je devine le noir de sa pupille dilaté sur le vert rivière de ses yeux. Elle tourne sur elle-même, tourne, tourne encore, jusqu’à trouver sa position, au creux de mes bras ou, si je suis sur le côté, nichée dans le creux de mon ventre. Ma main parcourt son poil soyeux et je sens battre son petit cœur de chat . Elle ronronne, lovée en chat qui se mord la queue. Ses yeux cette fois clignent, en amandes vertes frétillent. Son ronronnement, sonore d’abord, s’apaise ensuite mais demeure. Il me calme, berce. Les pulsations de son cœur au bout des doigts, cette boule de tendresse contre moi, sur les clapotis de ses ronronnements je m’endors sereinement. Le matin, au réveil, quelle que soit l’heure, elle n’a pas bougé, gardienne de mon sommeil, fidèle à mes rêves. Ma jolie KKhuette, t’es mon mini-dragon, un bonbon de bonheur, mon cœur en guimauve et tu manques à chacune de mes nuits. KKhuette ce n'est pas un chat qui donne le sentiment d'apprivoiser le tigre mais plutôt... ma chouette.

3 novembre- Mon seigneur des ténèbres

Sa chevelure est argentée
Longue et épaisse
Ses yeux bleu électrique
Crachent des étincelles
Le nez aquilin
Les traits fins
Drapé de noir c’est un cliché
C’est mon seigneur des ténèbres
Je l’ai inventé pour moi
Pour qu’on ne me le prenne pas

Mais personne n’en voudrait
A sa main gauche manque un doigt
Un loup le lui a croqué
Dans la terre l’a recraché
Le doigt a poussé
Brodé en mon sein
Les racines du mal

Moi je vis avec lui
Son sourire sarcastique
Rouge de désespoir
Ses mains froides
Le long de mon échine
Ses bras qui me serrent en étau
Il me dit que je ne suis pas belle
Que je ne suis pas celle ni Elle
Me conte des histoires terribles
Il n’a plus d’illusions
Alimente les vilénies humaines
Ses dents blanches sont miroir
D’un monde sans contours
Noyé des brumes des larmes

Je ne l’ai jamais compris
L’ai rejeté, craint de l’affronter
Et puis un soir je l’ai rencontré
De chair et d’os, l’âme délitée
Dans ses mots j’ai trouvé
L’enfant blessé
Les rêves écorchés
Alors je l’ai aimé

Seigneur de mes ténèbres
Il ne m’a jamais rien donné
Je lui volé quelques mots, des instants
Des moments, parcelles de moi
Il dit et fait tout haut
Ce que je pense tout bas
Ou ne pense encore pas
Il ose parce qu’il n’a pas le choix

Un soir il m’a rencontrée
De chair et d’os, l’âme légère
Il ne m’a jamais trouvée
Parce qu’il ne veut pas
Prendre le risque du bonheur déchu
Des racines qui se tissent
Avant d’être sectionnées

Mon seigneur des ténèbres

Y a rien à faire
Tu traînes tes pas perdus
Dans les cavités de mon cœur
Je sais qu’à ta manière
Tu m’as aimée un peu
Et c'est déjà beaucoup
Parce qu'alors je ne portais
Masque ni voile

Je ne dévoilerai
Ton nom ni celui de sa tanière
Pour qu’on ne t’enlève pas
Parce qu’on essaie toujours
De voler la désespérance
Mais tu es citadelle
Et de toi personne ne voudrait
Tu manques pourtant